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Conte crépusculaire & Brûlant secret, Stefan Zweig

22 février 2010

Stefan Zweig romans et nouvelles Nous célébrons aujourd’hui un triste anniversaire, celui de la disparition prématurée de ce grand auteur viennois que fut Stefan Zweig. Comme je suis en admiration devant sa plume depuis que je l’ai découvert, je me suis empressée de m’inscrire au Challenge Ich liebe Zweig lancé par Caro[line] et Karine, et je profite de ce jour particulier pour éditer mon premier billet de l’année (NB : j’aurais dû publier ce billet ce matin si j’avais eu le temps de l’écrire durant le week-end, but nobody’s perfect!).

J’ai choisi deux nouvelles qui abordent un thème cher à Zweig : le moment où l’on quitte le monde de l’enfance pour entrer dans celui bien plus terrible des adultes.

Dans Conte crépusculaire, le narrateur se trouve dans une pièce assombrie par l’arrivée prochaine de la nuit. Il se remémore une histoire. Un beau jeune homme de quinze ans portant (hélas) le prénom de Bob dîne parmi de nombreux convives dans un château en Ecosse. L’air est empesé et Bob décide d’aller s’aérer un peu et de profiter du superbe clair de lune de cette nuit d’été. Brusquement, il aperçoit une sorte de feu follet dans le sous-bois. La forme blanche l’enserre, lui caresse les cheveux et l’embrasse passionnément. Lorsque Bob reprend ses esprits, l’inconnue est déjà loin… Naturellement, son cœur s’emballe et il décide de retourner sur les lieux de l’incident le lendemain soir, et surtout d’éclaircir le mystère de l’identité de cette amoureuse nocturne. Au château séjournent entre autres trois de ses cousines…

Outre le style formidable de Stefan Zweig – sur lequel je ne reviendrai pas, puisqu’il écrit remarquablement bien, c’est un fait ! – cette nouvelle publiée en 1911 se caractérise par deux procédés : il s’agit d’un récit enchâssé (que l’auteur utilisera souvent), et il a ajouté ici un effet de zoom qui permet au lecteur de visualiser la scène comme au cinéma. Evidemment, les émotions sont exacerbées puisqu’il s’agit d’un premier amour et de la fin de l’adolescence d’un jeune homme. Voyez comme l’écriture est troublante :

“Quelques jours encore, et le voici qui marche seul, avec peine cependant ; il se rend pour la dernière fois cette année, sous le berceau multicolore des arbres qui se balancent dans le vent et parlent d’une voix plus forte et plus rude que pendant ces trois tièdes nuits d’été. Tristement, l’adolescent s’y achemine. Il lui semblre qu’un mur sombre se dresse, invisible, en cet endroit ; derrière ce mur, déjà noyée dans le crépuscule se trouve son enfance et devant lui un pays inconnu et dangereux.” Red heart

Zweig jeune  Brûlant secret aborde le même thème de l’enfance qui s’envole mais de façon différente. Edgar, un jeune garçon de douze ans, est en voyage de santé dans une station des Alpes autrichiennes, avec sa mère, une femme de belle allure mais à l’air distant. Edgar fait la connaissance d’un baron séducteur qui s’ennuie et décide de séduire la mère en devenant l’ami du fils. Quand ce dernier s’aperçoit de la tromperie de l’adulte, ses illusions d’enfant se brisent en mille morceaux, il n’a plus confiance en personne.

Cette nouvelle est divisée en quinze chapitres dynamiques et très intenses : les scènes se succèdent à un rythme soutenu et le changement de point de vue y contribue largement. En découvrant le mensonge des adultes qu’il admirait et aimait, le jeune garçon est complètement bouleversé et se révolte. Cette crise marque la fin de son enfance… Mais Zweig aborde également d’autres sujets à travers ce récit : le sadisme de l’homme, la passion du jeu (comme dans Vingt-Quatre Heures de la vie d’une femme), et même l’homosexualité (thème qui sera développé dans La Confusion des Sentiments).

Logo Stefan Zweig

Encore une fois, Zweig m’a emportée dans son univers littéraire incroyable avec ces deux nouvelles, publiées en 1911 dans un recueil avec deux autres sous le nom de Première Expérience (Erstes Erlebnis).

Rendez-vous le mois prochain pour la suite de ma chevauchée zweigigantesque !

 

Déjà lus, dans l’ordre de mes découvertes :

Le joueur d’échecs

La Confusion des sentiments

Le recueil Amok contenant La lettre d’une inconnue et La Ruelle au clair de lune

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme

Destruction d’un cœur

La Pitié Dangereuse

Ed. Le livre de poche, coll. La Pochothèque, 2001.

 

10 commentaires »

  1. Carine says

    Ahhh … tu me donnes envie de le lire ces livres TOUT DE SUITE :roll:

    23 février 2010 | #

  2. Tamara says

    @Carine : ce sont des nouvelles, la première est courte, la seconde plus longue, mais ça se lit vite, c’est tellement bien ! :grin: En revanche, je ne pense pas que tu puisses les trouver éditées ailleurs que dans des recueils, contrairement à « Lettre d’une Inconnue »…

    23 février 2010 | #

  3. bladelor says

    Toi aussi tu as investi dans la Pochothèque ?! :wink:
    Je viens de recevoir pour ma part Les grandes vies, ouvrage qui regroupe 4 des bios qu’il a écrites et je vais entamer mon challenge ainsi.
    Mon seule regret c’est de ne pas lire l’allemand…

    23 février 2010 | #

  4. Tamara says

    @Bladelor : euh… en fait, j’ai offert ce livre à belle-maman et là je le lui ai emprunté… :oops: Quel agissement indigne d’une belle-fille ! :wink:
    Et sinon, les biographies m’attirent peu en général, mais bien sûr j’en tenterai au moins une de Zweig !!! Pour l’allemand, bah, j’ai beau l’avoir étudié 8 ans, je ne sais toujours pas le lire ni le parler, alors ne regrette rien ! :mrgreen:

    24 février 2010 | #

  5. Emeraude says

    « zweigigantesque » : j’adore !!!! je vais te le piquer (copyrighter of course) :grin:

    24 février 2010 | #

  6. Tamara says

    @Emeraude : sers-toi, je t’en prie ! :grin:

    25 février 2010 | #

  7. Caro[line] says

    Ich liebe Stefan Zweig. That’s it! :mrgreen:

    26 février 2010 | #

  8. Tamara says

    @Caro[line] : ah bon ??!! mais c’est nouveau, ça ?!! :mrgreen:

    1 mars 2010 | #

  9. liliba says

    Toujours un plaisir de lire cet auteur !

    1 avril 2010 | #

  10. Challenge Ich liebe Zweig – Les participants « Cinquième de couverture says

    [...] Février : Conte crépusculaire et Brûlant [...]

    22 juin 2010 | #

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