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Fume et tue, Antoine Laurain

29 janvier 2010

Fume et tue Evidemment, mon billet passe après ceux de nombreuses autres lectrices, subjuguées depuis deux ans par le charismatique Fabrice Valantine (ou par le bel Antoine Laurain ? ;-) . Je vais donc m’en tenir à un résumé succinct de l’intrigue pour m’attarder sur mes impressions personnelles.

Fabrice Valantine est chasseur de têtes dans un cabinet géré "à l’ancienne" par son PDG fondateur. Il est marié (et heureux !), a une fille étudiante, et gagne bien sa vie. Une seule ombre entache sa vie (et probablement ses dents !) : c’est un fumeur invétéré. Sur l’insistance de son épouse, il va voir un hypnotiseur qui l’aide facilement à se débarrasser de cette sale manie. Cependant, alors qu’un triste accident se produit (le PDG de sa boîte meurt d’une crise cardiaque), il ressent le besoin de fumer. Malheur : cette cigarette post-hypnose ne lui procure aucun plaisir, ni aucune des suivantes ! Il découvrira accidentellement que seul le fait de tuer rendra à la cigarette son goût d’antan, constat qui va lancer sa carrière de meurtrier.

Cette idée originale a été bien exploitée par son auteur. Fabrice Valantine est le narrateur d’un récit au présent, créant ainsi dès le départ un sentiment de rapprochement avec le lecteur. Il nous devient même assez inexplicablement sympathique, alors qu’il n’a rien du héros beau, fort et sexy. La première partie est plutôt longue (d’autant que le titre laisse immédiatement deviner l’intrigue !) mais permet de mettre en place tous les éléments – à la fois environnementaux et psychologiques – qui serviront judicieusement la suite de l’histoire (je pense notamment au hobby de Fabrice) en s’imbriquant parfaitement.

La seconde partie est ma préférée : plus d’action et de suspense ! A ce propos, je comprends parfaitement le choix du titre pour son jeu de mots, mais il ne correspond pas aux faits décrits dans le roman, qui seraient plutôt : Tue et Fume… (évidemment, le jeu de mots tombe à l’eau…). A ce propos, le style de l’auteur est agréable et adroitement saupoudré d’humour (si on lui pardonne le titre du roman, ce que je fais bien volontiers tant il m’a divertie).

Je termine par une confidence : bien que je sois non-fumeuse et la première à râler lorsque je me retrouve enfumée à "l’insu de mon plein gré", la volupté et les effets complaisamment décrits (au long de 279 pages !) d’une bouffée de fumée de cigarette m’ont presque donné envie d’en griller une !!!

Merci à Brize pour le prêt, c’est un livre voyageur qui est maintenant chez Chiffonnette !

Les avis d’Anne, Cathulu, Cuné, Fashion, Joëlle, Katell, Lily, Lou, Michel, Papillon

Ed. Le Passage, jan. 2008, 279 p.

Level 26, Anthony E. Zuiker

26 janvier 2010

Level 26 Mea culpa : j’ai cédé à la curiosité de découvrir le concept de “digital novel”, le roman digital (ou disons interactif). Le principe est simple : on lit un livre qui contient, tous les 2 ou 3 chapitres, un mot-clé. Il faut alors se connecter sur un site internet dédié au livre et entrer ce mot-clé. On visionne alors une vidéo qui prend le relais du récit, sans toutefois être indispensable à la compréhension générale.

Level 26 est un thriller dont le scénario est simplissime. D’un côté, un serial killer hors norme : surnommé Sqweegel, il tue depuis plus de vingt ans sans jamais se faire prendre. Pour lui, le FBI a créé un niveau supplémentaire dans l’échelle du crime : jusqu’alors, les meurtriers étaient classés de 1 à 25 selon leur degré de dangerosité et de folie, mais celui-ci dépasse tout ce que l’on a connu. De l’autre côté, le service des Affaires Spéciales, dotés de supers agents entraînés à affronter le pire. Tom Riggins en fait partie. et lorsque le Ministre de la Défense prend la mouche et décide qu’il est grand temps de mettre fin aux activités monstrueuses de Sqweegel, Tom fait appel à un ancien agent, Dark (pas de raillerie sur son nom, please, ça doit être son côté sombre !) dont la famille a été massacrée quelques années auparavant par ce même tueur. Et zou, c’est partie pour une chasse à l’homme sur près de 375 pages. A noter que l’homme en question s’enduit de beurre de la tête aux pieds pour pouvoir se glisser dans une combinaison intégrale en latex blanc étriquée avant de perpétrer ses crimes. Le but n’est pas, contrairement aux apparences, à ressembler à un préservatif géant, mais bel et bien à ne pas semer la moindre cellule sur les lieux de ses crimes. Trucs et astuces ! Il fallait y penser, hein !

Pour le côté écriture, je vais faire bref : c’est mauvais. J’ai eu l’impression de lire un scénario à peine amélioré. Ah, tiens, il s’agissait en effet d’une base de scénario pour une série télévisée ! Eh bien, à mon avis, cela aurait dû le rester. D’autant que si je me suis prêtée au jeu de l’internet pour les 5 ou 6 premiers mots-clés (et à la première connexion, il faut se créer un pseudo, attendre la confirmation d’inscription par email, etc.), j’ai vite trouvé la gymnastique beaucoup trop contraignante (il faut lire à côté d’un ordinateur connecté à internet, ce qui n’est pas possible pour moi dans le métro ni même dans ma chambre, les endroits où je lis le plus !). Je me suis donc rapidement passée de ces interludes qui se répétaient trop souvent (toutes les 20 pages, ça va vite, vu la pauvreté du style de l’auteur).

Les vidéos, en revanche, sont très bien faites (NB : Anthony E. Zuiker est l’auteur des Experts, série policière qui connaît un succès incontestable aux US comme en France. Bon, je n’ai jamais regardé mais il paraît que c’est bien) . D’une durée variant de 2 à 4 minutes (pour celles que j’ai vues !), elles sont d’un réalisme saisissant, qui m’effraie bien plus que ce que peut produire mon imagination conciliante avec moi-même et qui me permet de lire des horreurs juste avant de dormir. Là, Sqweegel a marqué ma rétine et mon cerveau a eu du mal à l’oublier lorsque la nuit fut venue.

J’en reviens donc à mon constat : cette histoire aurait fait une bonne série, dans le genre de Dexter ou 24H (d’ailleurs, un des acteurs de 24H joue dans les mini-vidéos, lesquelles ont sans doute nécessité un certain budget, pour ne pas dire un budget certain pour un livre !), mais dans le registre bouquin, on peut passer allègrement son chemin (et comme ce n’est que le premier d’une trilogie (my God !), vous économiserez ainsi près de 60 € que dans ma grande bonté, je vous autorise à dépenser dans la librairie de votre choix !).

Ed. Michel Lafon (que je remercie pour m’avoir permis cette expérience littéraire à titre gracieux, mais dont l’accroche publicitaire pour Level 26, à savoir, “une trilogie qui promet de détrôner Millénium”, me fait doucement rigoler dans ma barbe !), janvier 2010, 374 p.

La Pierre de Lune, Wilkie Collins

23 janvier 2010

Pierre de Lune Cela faisait longtemps que je me promettais de lire ce livre qui est considéré comme le premier roman policier anglais (il fut publié en 1868), même si à l’époque, on appelait ce genre “roman à sensation”.

Ce n’est pas tant l’intrigue qui est intéressante que la manière dont le récit est mené. Il s’agit d’une sorte de roman épistolaire à plusieurs voix : différents personnages prenant part aux événements vont raconter, chacun dans une longue lettre, le déroulement des scènes qu’ils ont vécues. Le premier à prendre longuement la plume est Betteredge, le vieux serviteur de la famille Verinder, qui possède un domaine dans la campagne anglaise. On apprend ainsi comment un oncle de la famille, qui, lors d’un assaut militaire dans une petite ville des Indes (alors colonies britanniques), déroba dans un musée diamant jaune extraordinaire par sa taille et par les pouvoirs divins que lui conféraient les brahmanes (indiens appartenant à une caste supérieure qui interprétaient les pensées des dieux). A la mort de ce parent, c’est l’unique jeune fille de la maisonnée, Rachel, qui doit en hériter à l’occasion de son anniversaire. Evidemment, la Pierre de Lune, comme est surnommé le diamant, disparaît dans des circonstances inexplicables, et le Sergent Cuff, éminence grise de Scotland Yard, vient mener l’enquête au milieu de la famille et des serviteurs, bousculant ainsi toute la maisonnée.

Les personnages sortent de l’ordinaire : le vieux Betteredge est pris d’une fièvre policière et seconde hardiment le sergent Cuff. Il ne se sépare jamais de sa vieille édition de Robinson Crusoë, véritable bible qui répond à ses interrogations en toutes circonstances. Le sergent souffre d’une passion pour les roses qui l’amène à des discussions animées avec le jardinier. Miss Clarck, vague nièce de Milady, est une vieille fille dévote qui ne désespère jamais de convertir son prochain… On y découvre également un médecin ayant recourt à l’opium : les effets secondaires de cette drogue sont d’autant mieux décrit que l’auteur souffrait lui–même de cette addiction.

Tout cela est assez jubilatoire pour le lecteur, d’autant que l’écriture victorienne de ce roman, riche et surannée, est un délice pour l’esprit. Wilkie Collins était d’ailleurs un contemporain et ami de Charles Dickens avec lequel il collaborait, notamment pour la publication de feuilletons à suspense dans des magazines.

C’est par conséquent avec conviction et enthousiasme que je recommande la lecture de La Pierre de Lune à tout amateur de roman policier mais aussi de littérature victorienne : c’est un récit qui prend le temps de camper les personnages et les petits événements de la vie quotidienne avec un humour typiquement british !

PS : petit grognement : mon exemplaire acheté chez Gibert m’a réservé une mauvaise surprise : à trois reprises, une page avait été arrachée du livre et j’ai donc peut-être manqué des indices capitaux ! Sans blague, c’est hyper désagréable d’être ainsi privée d’une partie (même minime) d’un livre ! Voilà un risque inhérent aux occasions…

Ed. du Masque, 2003, 570 p.

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