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La main verte, Hervé Bourhis

28 novembre 2009

La main verte Chouette, une BD ! Et pas n’importe laquelle : ici, l’heure est grave. Après des décennies à faire n’importe quoi, notre civilisation se retrouve dans de beaux draps : les gisements de pétrole sont épuisés. Plus d’essence, donc, et toute l’économie est bouleversée : les légumes se vendent à prix d’or (pensez : 50 € le kilo de tomates pourries…).

Herbert, dessinateur de BD bordelais, doit vite penser à sa reconversion puisque son éditeur a fait faillite. Après plusieurs reconversions désastreuses, il finit par devenir chauffeur de taxi-vélo.

L’échec du potager sauvage installé par sa femme dans leur appartement, décide Herbert à rendre visite à son père, champion de jardinage, en espérant bénéficier de conseils qu’il a refusé d’écouter trente ans plus tôt. Un seul hic au tableau : ses parents habitent à Tours, ce qui n’est pas à portée de mollets…

Cette aventure est pleine de péripéties et d’humour : je me suis régalée !

planche main verteL’autoportrait de notre société de consommation est très juste et l’auto-dérision permet de dédramatiser la situation alarmante de l’état de notre planète ex-bleue.

Le personnage de Herbert n’a rien d’extraordinaire et c’est ce qui le rend attachant. Ca et sa relation à son fiston Pierre, qui participe au voyage… et je ne mentionne pas (ou à peine) les personnages complètement barrés ni les jeux qui parsèment les pages, ha ha !! :-)

Et le dessin est plutôt sympa, assez économe (c’est tendance, et puis, il ne faut pas gâcher de l’encre dans les détails inutiles !).

A lire avant d’en arriver là !

Special thanks : à Véronique et aux éditions Futuropolis, toujours pleines de bonnes surprises !

Ed. Futuropolis, sept. 2009, 72 p.

 

Seul le silence, R.J. Ellory

26 novembre 2009

Seul le silence Avant d’entamer ce livre, je pensais qu’il s’agissait d’un thriller. Et bien en fait, pas vraiment ! On a bien une série de meurtres mais ceux-ci s’étalent sur plusieurs décennies que l’on suit à travers le parcours d’un jeune garçon, Joseph Vaughan, lequel habite avec sa mère dans une petite ville de Géorgie.

Et c’est la vie de Joseph que raconte ce roman. Une vie dure puisqu’il perd son père très jeune, avant que des meurtres atroces de petites filles, la plupart qu’il connaissait, ne viennent semer la terreur et la colère des habitants d’Augusta Falls. Avec quelques copains, ils fondent un club de surveillance, “Les Anges gardiens”,  afin d’essayer d’attraper le tueur. Bien entendu, ils échouent dans la mission qu’ils se sont fixés. Joseph est très choqué par l’incendie qui ravage la maison de ses voisins allemands et qui fait un mort : la petite fille qu’il s’était juré de protégé.

Très tourmenté par tout cela et par l’état de santé de sa mère qui se dégrade rapidement, Joseph, ayant atteint sa majorité, part pour New-York avec l’objectif de devenir écrivain. Il y parviendra, mais à quel prix…

Il n’y a pas véritablement d’enquête suivie sur tous les meurtres, puisqu’ils ont lieu dans des comtés différents et à plusieurs années d’intervalle. Et si l’on finit pas savoir qui est coupable de ces crimes, dans les toutes dernières pages du roman, on ne sait rien du mobile et ce manque de détails m’a laissée un peu sur ma faim.

Le style de R.J. Ellory est précis, imagé et intelligent. J’ai relevé quelques passages qui m’ont plu :

Extrait p. 60 : L’institutrice de Joseph lui parle de l’écriture : “Tu peux considérer qu’écrire des choses les rend éternelles. Comme ce livre que je t’ai donné à Noël dernier… qui a été écrit et est toujours là. Il y a des milliers d’exemplaires de ce livre à travers le pays, à travers le monde. En ce moment, il y a peut-être une personne en Angleterre, une autre à Paris, en France, encore une autre à Chicago, qui lisent ce même livre, et ce qu’elles lisent et pensent sera très différent de ce que tu as ressenti quand tu l’as lu. Une histoire est comme un message avec un sens différent pour chaque personne qui le reçoit.”

Extrait p. 165 : Joseph fait une comparaison entre une œuvre de fiction et une œuvre autobiographique : “Ce ne fut que plus tard que je compris que les deux étaient liées : l’expérience, façonnée par l’imagination, devenait de la fiction, et la vie, vue à travers le prisme de l’imagination, devenait une chose que l’on pouvait mieux tolérer et comprendre”.

Extrait p. 318 : Joseph arrive à Broadway et se souvient de sa petite ville natale : “et encore du monde, plus de monde sur un seul trottoir qu’il n’en passait à Augusta Falls en trois saisons”.

Extrait p. 372 : un beau passage sur l’Amour : “L’amour, concluais-je par la suite, était la seule chose qui comptait. L’amour était ce qui brisait et guérissait les cœurs. L’amour était mal compris, l’amour était la foi, l’amour était la promesse de l’instant présent qui devenait l’espoir pour l’avenir. L’amour était un rythme, une résonance, une réverbération. L’amour était maladroit et idiot, il était agressif et simple et possédait tant de qualités indéfinissables qu’il ne pouvait jamais être exprimé par des mots. L’amour était vivre.“

Malgré quelques longueurs, le roman est assez prenant puisque le suspense dure jusqu’au bout, mais l’univers décrit est d’une noirceur persistante dont on ne se débarrasse jamais véritablement. L’aspect psychologique n’est jamais délaissé et permet de s’imaginer ce qu’endure le narrateur (et l’on ne peut que se féliciter d’avoir une vie bien différente de la sienne !) et on le voit naturellement évoluer au fur et à mesure que son âge avance et que les épreuves qu’il traverse l’abîment. La mentalité américaine de l’époque transparaît très bien au cours du roman ainsi que divers faits historiques qui sont relatés ou évoqués à travers l’histoire de Joseph. Un roman noir marquant à ne pas lire en cas de coup de blues !

Special thanks : à ml pour le prêt !

Ed. Sonatine, août 2008, 498 p. (sorti en poche en 2009)

 

Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé

16 novembre 2009

Ce que je sais de Vera Candida Imaginez une île quelque part en Amérique latine, qui porte le nom exotique de Vatapuna.

Une malédiction semble s’abattre sur Rose et sa descendance. Rose a connu des garçons très tôt, et rendre service aux hommes du village est devenu son métier. Elle est belle et musclée, vit dans une petite cabane au bord de la plage. La quarantaine approchant, elle décide de changer de profession et devient pêcheuse de poissons volants. A la suite d’une rencontre avec Jeronimo, une espèce de playboy trempant dans des affaires douteuses, Rose met au monde une petite fille, Violette.

Las, Violette est un peu attardée et se découvre rapidement un penchant pour l’alcool. Elle suit le même chemin que sa mère et accouche à l’âge de quatorze ans d’une petite fille, qu’elle appelle Vera.

Vera est élevée par sa grand-mère Rose. Mais à la suite d’un événement morbide, elle se fait violer et s’enfuit de l’île en espérant échapper ainsi au mauvais œil qui s’est abattu sur son ascendance. Courageuse et pugnace, Vera sera l’actrice de sa vie, même si son destin la rattrapera finalement.

Cette histoire est comme un gâteau à l’enrobage fabuleux mais au cœur dur. On entre très facilement dans cet univers où les femmes ont un charisme indéniable et des épreuves ardues à surmonter.

C’est la première fois que je lisais Véronique Ovaldé et ce fut un premier rendez-vous réussi : sa plume s’accompagne d’une douce musique, les mots sont chatoyants même lorsque les phrases vous poignardent. Un beau roman de cette rentrée littéraire 2009 !

Les avis de : Cathulu, Caro[line], Amanda, Cuné, Leiloona, Brize, Fashion , Papillon

Ed. de l’Olivier, août 2009, 292 p.

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