La face cachée de la lune, Martin Suter
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J’espérais, en retrouvant cet auteur allemand suisse alémanique (dont La face cachée de la lune était le second roman, il en a écrit bien d’autres depuis) plonger dans cet univers qui lui est propre : à la fois extrêmement proche de la réalité, et en même temps, avec cette part de folie et de singularité qui le caractérisent. Et ouf, je n’ai pas été déçue, c’est encore une fois un roman très fort que nous sert Martin Suter sur un plateau (suisse).
Urs Blank, avocat d'affaires spécialisé dans les fusions d'entreprises, homme mûr et respectable, se cherche de nouveaux horizons. Il croit trouver auprès de Lucille, une jeune hippie, de quoi satisfaire la crise d'identité qu'il traverse. Au cours d'une cérémonie en pleine forêt, la jeune femme l'initie aux champignons hallucinogènes, et soudain tout bascule. Blank ingère un champignon peu connu aux effets redoutables qui va métamorphoser sa vie et celle de son entourage… Comme dans Small World, son précédent roman, Martin Suter mêle ici à une trame policière palpitante, digne des grands romans noirs américains, une étude profonde et subtile de la déviance mentale et signe un hymne d'une beauté inouïe à la forêt et à la violence de la nature. (présentation de l’éditeur)
Le personnage d’Urs Blank est tout à fait détestable à partir du moment où sa personnalité “ordinaire” (pour un avocat d’affaires !) se métamorphose sous l’effet d’un champignon (le conocybe caesia). Sous les yeux du lecteur estomaqué, Urs devient peu à peu insensible à la notion de Bien et de Mal, et cela l’entraîne vers des dérives de plus en plus extrêmes. Ses rares proches ne le reconnaissent plus tandis qu’il s’enfonce dans son état, et le pire est qu’il semble s’y complaire. Lui qui ne fréquentait que les bureaux et hôtels passe de plus en plus de temps dans les bois, jusqu’à se confondre avec la Nature. Tout cela est décrit avec une précision, une véracité confondante. On s’imagine presque à la place de ce personnage (auquel on ne peut pourtant s’attacher), et on assiste avec horreur à sa déchéance la plus totale.
Comme dans Le diable de Milan et Un ami parfait, l’aspect psychologique est très développé et un soupçon de trame policière s’ajoute à l’histoire. Encore un roman profond et éprouvant avec une plume très sensorielle. J’aime !
Extrait p. 121 :
Il avait plu pendant la nuit. Le chemin qui traversait la forêt et menait au tipi était glissant. Ils devaient constamment faire des pauses pour se débarrasser de la semelle argileuse qui collait à leurs chaussures.
Le prairie où se tenait le tipi venait d’être tondue. La tondeuse n’avait laissé que quelques rangées de hautes graminées juste à côté des montants de la tente. La paroi rocheuse se perdait dans les nuages, moins de cinq mètres au-dessus d’eux. La chute d’eau tombait du néant dans le petit bassin. De la fumée montait du tipi et se répandait au-dessus de la clairière comme un couvercle gris-bleu. Il faisait froid.
Ed. Points, fév. 2002, 333 p.

J’aime bcp cet auteur (cf. aussi « Lila, lila »… j’ai buté par contre sur « Small world », abandonné). « Le dernier des Weynfeldt » est dans ma PAL.
13 septembre 2009 | #
je crois juste que Martin Suter est suisse, il y a peu d’écrivains suisses connus
13 septembre 2009 | #
@Canel : j’en ai encore beaucoup à découvrir et c’est tant mieux !
@Laure : you’re right, je corrige !
13 septembre 2009 | #
J’avais aimé mais loin derrière « Lila, Lila ».
13 septembre 2009 | #
tout le monde aime cet auteur. Pour ma part j’ai été déçu de « le dernier des Weynfeldt », surtout parce que je m’attendais à quelque chose de vraiment génial. Du coup je n’ai jamais eu envie de réessayer mais apparemment, j’ai tort !
13 septembre 2009 | #
@Anne : tu m’avais déjà signalé ta préférence lors de mon précédent billet sur l’auteur, il faut décidément que je suive ton conseil de lecture !
@Emeraude : comme je n’ai pas lu le dernier que tu cites, je ne peux pas te dire s’il est moins bien… c’est possible aussi !
15 septembre 2009 | #
Récit d’une chute, tout à fait tentant! L’aspect « policier »n’est pas trop présent? (sinon, je m’arréterai 100 pages avant la fin)
13 octobre 2009 | #