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Firmin : Autobiographie d’un grignoteur de livres, Sam Savage

30 juin 2009

Firmin – Autobiographie d'un grignoteur de livres raconte l'histoire d'un rongeur érudit qui a vu le jour clans les sous-sols d'une librairie de Scollay Square, vieux quartier en péril du Boston des années 1960. Plein d'appétit pour les mots, épris de nourritures spirituelles autant que terrestres, Firmin ne peut communiquer tous ses coups de cœur ni exprimer ses détresses, et voit avec révolte se déliter sa race comme son quartier, cernés par l'incompréhension des hommes et par les mécanismes du profit. Mais la rencontre avec un romancier marginal le sauve du pessimisme ambiant. (présentation de l'éditeur)

Comme je ne suis pas du tout à jour dans mes billets de lecture, je ne vais pas m'attarder trop longuement sur ce roman. En effet, je ne peux pas dire avoir été passionnée par le récit de Firmin. Rat malingre et malaimé des siens, il s'éprend des livres (amour facilité par son lieu de naissance : le sous-sol d'un bouquiniste) et successivement de deux humains : Norman, le libraire (et son hébergeur-qui-s'ignore), puis Jerry, un auteur de science-fiction sans le sou. Le quartier dans lequel se déroule l'histoire est programmé pour une réhabilitation qui condamne les vieux immeubles à être détruits et les magasins à fermer l'un après l'autre. Même le vieux cinéma où Firmin a ses habitudes rend les armes. Cela contribue à donner au récit un ton gris et pessimiste sur lequel les tentatives d'humour viennent péniblement échouer.

Malgré le nombre incalculable de livres qu'il a ingurgités, Firmin ne parvient pas à communiquer avec les hommes, ni d'ailleurs à leur faire comprendre qu'il est pourvu d'un don particulier. J'ai trouvé cela dommage : quel est donc l'intérêt du récit ? Nous faire comprendre que tel un rat de bibliothèque, le Lecteur est au final toujours seul face à une histoire ? Les forums de lecteurs et autres blogs littéraires ne démontrent-ils pas le contraire ?

Le style de l'auteur n'est pas déplaisant mais je regrette qu'il ne se passe pas grand-chose (je m'attendais à des aventures rocambolesques) : la narration s'essouffle au bout de quelques chapitres. Ce n'est pas un livre sans qualités mais elles ne m'ont pas frappées, je suis sans doute passé à côté. Que dire de plus ?  L'idée de départ était séduisante, le résultat décevant.

Ed. Actes Sud, mai 2009, 201 p.

La route, Cormac McCarthy

23 juin 2009

L'autre jour, alors que je lisais ce roman dans le métro,  une dame assise en face de moi m'interpelle – fait rare dans un lieu où les gens sont trop concentrés à faire une tête d'enterrement pour se préoccuper de leurs voisins – et me dit "c'est dur, non ?". Je la regarde sans comprendre et elle me montre qu'elle est en train de lire le même livre que moi. Elle répète : "Vous ne trouvez pas que c'est dur ? C'est démoralisant !". J'ai dit : "oui, en effet, c'est sombre… il faut s'accrocher !" et nous sommes descendues de la rame, sentant chacune peser dans nos sacs à main le poids de la désolation et du désespoir d'un monde calciné.

Le titre de ce roman est judicieux. La route. Un mot simple, mille fois utilisé, avec un sens à la fois général (on prend la route ! tu connais la route ?) et un sens étriqué lorsque, comme ici, il ne reste qu'un chemin à suivre pour survivre. Un homme (sans nom) et le petit (son fils) font rouler un caddie contenant leurs maigres ressources et quelques affaires de survie. Ils suivent la route (ou ce qu'il en reste) vers le sud. Autour d'eux, tout est détruit, brûlé.

On ne sait pas ce qui s'est passé, tout est immaginable (surtout le pire). Mais la détresse de ces deux âmes perdues et sans espoir, affamés et grelottant, menacés par les pillards et tueurs, vous trifouillent le coeur comme ce n'est pas permis… si l'on excepte l'écriture envoûtante et le récit abrupt qui vous obligent malgré vous à poursuivre votre chemin (de croix).

Ce roman a reçu plusieurs prix dont le Prix Pulitzer 2007. Il est sorti en poche en mai 2009.

Special thanks : à Amanda – dont le billet m'avait marquée l'an dernier – pour le prêt !

Destruction d’un coeur, Stefan Zweig

16 juin 2009

"Avec Maupassant pour modèle, Stefan Zweig s'est attaché, selon ses propres mots, à donner à chacune des trois nouvelles de ce recueil toute "la substance d'un livre"." (Le Livre de Poche)

Et à mon avis, il a pleinement réussi. Lorsqu'un vieil homme qui a trimé toute sa vie pour gagner de l'argent, en ayant commencé comme apprenti pour petit à petit devenir un VRP efficace, et tout cela pour faire vivre dans le confort son épouse et leur fille unique, on peut comprendre qu'il soit choqué puis aigri puis malheureux comme les pierres quand il réalise (un peu tard) que sa tribu se fiche de lui comme d'une guigne et ne s'intéresse qu'à son argent.

Stefan Zweig se glisse dans la peau du vieil homme, et le lecteur aussi. On s'essouffle avec lui, on souffre de voir une jolie jeune fille - notre propre chair, notre sang ! –  se faire courtiser par des coureurs de dot ou des aventuriers, son comportement nous ronge l'esprit, on voudrait qu'elle nous aime, et puis non, hélas, on n'est plus qu'une vieille carcasse dont personne ne se soucie. Ô cruelle réalité !

Bien sûr, l'auteur raconte cela avec le talent qu'on lui connaît :

"Tout ce qu'il avait vécu, tout ce qu'il avait aimé, passait dans cette flamme à lente combustion, brûlait noir et fumeux avant de tomber effrité et carbonisé dans les cendres tièdes de l'indifférence. Quelque chose s'accomplissait, tandis qu'il était ainsi couché et que, furieusement, il passait en revue son existence. Quelque chose touchait à sa fin. Qu'est-ce qui se passait ? Il était là à guetter et à épier en lui-même.

Et peu à peu commença la destruction de son coeur." (extrait p. 46)

Dans La Gouvernante, l'auteur met en scène deux fillettes de treize et douze ans s'inquiètent du changement de comportement de leur gouvernante. Cette dernière semble distraite, moins exigeante, elle les emmène plus souvent se promener. Puis, elle a les yeux rougis et devient visiblement préoccupée. En espionnant aux portes, les deux soeurs vont entrevoir une vérité qui les fera prendre conscience de la dureté du monde des adultes, et cet épisode mettra un terme à leur foi aveugle en leur mère et elles découvriront avec effroi la douleur de quitter l'enfance et l'innoncence qui la caractérise.

Enfin, Un jeu dangereux clôture ce recueil. Un vacancier d'un âge avancé confie au narrateur la raison de sa présence dans un hôtel au bord du lac de Côme. L'année précédente, il a joué avec le coeur d'une jeune fille en se faisant passer pour un mystérieux admirateur…

Que dire de plus, hormis d'appuyer le fait que je me suis régalée (une fois de plus) en lisant cet auteur ? Zweig a l'art de décrire l'âme humaine et les sentiments en tous genres avec une habileté, une facilité (dirait-on) qui me laisse béate d'admiration. Rien ne m'arrêtera dans la poursuite de ma découverte de ses oeuvres !!!

Ed. Le Livre de Poche, réédition mars 2009, 117 p. (3,50 €, pourquoi se priver de tant de bonheur ?!)

Animal’z, Enki Bilal

10 juin 2009

Bien sûr, avec Enki Bilal, il ne faut jamais s'attendre à ce que la facilité soit au rendez-vous. Mais là, j'avoue que j'ai été déstabilisée. Animal'z est un univers étrange.

Notre monde, détruit par la folie des hommes et des catastrophes climatiques, est complètement méconnaissable. Un chercheur a mis au point un système de survie, permettant à certains humains de devenir dauphins pour un temps. Des personnages plutôt mystérieux se croisent, certains veulent s'entretuer, d'autres tentent tant bien que mal d'échapper à toutes sortes de dangers (y compris des cannibales). Je n'ai pas accroché au scénario, trop confus (ou trop délié) pour moi.

En revanche, le dessin, là, c'est une autre histoire ! De magnifiques planches de gris bleutés (à moins que ce ne soient des bleus grisés ?!), quelques taches de rouges disséminées ici et là, souvent marques de violence dans un monde presque éteint, des personnages et paysages très travaillés, avec force incroyable.

Animal'z est à réserver aux fans de ce grand dessinateur, selon moi ! (ou tout du moins, pour découvrir ce dessinateur, mieux vaut commencer par un autre album).

L'avis de Brize, un peu plus enthousiaste.

Souvenirs de Books & The City 2

7 juin 2009

Et voilà, la deuxième édition de Books & The City s'est achevée hier soir après une journée bien chargée ! Malgré la pluie (une tradition depuis l'an dernier), les 42 participants de cette année ont eu l'air sincèrement contents de leur épopée parisienne, et c'est le principal !

Pour ma part, j'ai passé une partie de la journée avec Emeraude, au Cimetière de Montmartre, en bonne compagnie (Sacha Guitry - la clé de l'énigme – Dalida, Michel Berger pour les voix, Théophile Gautier, Stendhal, Feydeau, Labiche, le fils Dumas… pour les lettres). Pour lutter contre le froid engourdissant les statues que nous étions au bout d'une heure, nous avons usé de divers stratagèmes comme les allers-retours chez notre fournisseur officiel de thé (merci, Ronald !) et les exercices de steps devant quelques touristes ébahis !

Après les délibérations arrosées du Jury (du thé, bien sûr, que croyiez-vous ?! ;-) ), entremêlées de rires devant les esprits inventifs des participants, nous avons rejoint le restaurant pour une chaleureuse (au sens propre comme au figuré) soirée où l'équipe Joffrey de Peyrac, vainqueur de cette année, roulait des mécaniques comme un coq au milieu d'un poulailler caquetant à qui mieux mieux (eh oui, 42 LCA dans une cave, ça fait du bruit !! Heureusement, durant le dîner, Caro[line] nous a appris, à Zag et moi, l'alphabet de la LSF et quelques signes, nous avons ainsi contribués à diminuer les décibels du groupe ;-) ). (bon, j'avoue, Zag a retenu tout l'alphabet et moi seulement le S. Un poisson rouge ne peut pas lutter contre un éléphant, côté mémoire, blub blub).

BRAVO donc à Marie-Pierre, Gwen, Emma, Pauline, Diane, Yohan et Florence, mais aussi à tous ceux qui sont venus s'amuser avec nous, y compris nos célèbres québécoises Karine et sa maman. Chacun est reparti les bras chargés de livres et du marque-page officiel dessiné par Vincent (cf. ci-contre), car comme à l'école des fans, il n'y a pas de perdants à Books ! J'ai une pensée émue pour vos pauvres PAL, les amis !!!

Je termine par un clin d'oeil à Fashion (& family), Amanda, Stéphanie, Chiffonnette, Emeraude pour le travail accompli cette année encore pour que l'événement soit réussi : merci les filles !

Qu’il était beau mon Meccano ! Jacques Gaillard

3 juin 2009

Envie de quelques douceurs d'antan sans prendre de poids ? J'ai ce qu'il vous faut : dans Qu'il était beau mon Meccano, l'auteur (que je ne connaissais ni d'Ev de Camélia-Jordana ni de Soan (mettons-nous à la page)), vous fait monter une vague de nostalgie à l'âme, y compris pour des objets que l'on n'a jamais connus, c'est vous dire tout son talent.

En "21 leçons de choses", Jacques Gaillard évoque tour à tour des objets aussi hétéroclites que l'anti-monte-lait, le berlingot Dop, et l'Isetta, aussi indignes que la laisse pour enfant ou le slip Kangourou, ou des trésors disparus comme les beaux buvards ou le silence. Mais avant tout, son érudition est baignée dans un coulis d'humour fort réjouissant. Ainsi :

"Au bout de cent soixante-quatre épisodes, Rintintin disparut sans aboyer gare. On espéra pendant plusieurs semaines son retour à l'heure habituelle, comme s'il était parti courir la chienne en chaleur, à la manière banale des médors du quartier. Mais non, il s'était envolé, et Rusty avec lui, sans doute renvoyé dans son collège après ces aventureuses vacances dans l'Ouest."

ou encore sur la laisse pour enfant :

"Je vais vous dire le fin mot : la laisse était un truc de ménagère, qui autorisait le port d'un cabas dans l'autre main, et de longues haltes bavardes devant la boulangerie. A l'époque, élever un enfant, jusqu'à l'âge de la maternelle, c'était surtout empêcher qu'il meure de la typhoïde ou se fasse écraser. La laisse réglait la moitié du problème. De plus, elle évitait de laisser roupiller dans la poussette un feignant de trois ans capable de marcher tout seul." (n'est-ce pas ?!!)

Mais loin d'être un catalogue, ce livre contient bon nombre de réflexions sur la société, son rapport à la consommation et la fulgurante progression de la science appliquée aux arts ménagers qui fait changer nos comportements et perdre la mémoire sur les précédents.

Le dernier chapitre est un post-scriptum (1964, signes des temps) plus pointu, dans lequel l'auteur y va de ses métaphores et digressions pour mettre en exergue des concepts et des idées (comment l'arrivée du poste de télévision a entraîné la réorganisation des living-rooms autour d'un meuble : le canapé).

Distrayant, intéressant, mixant légèreté et une véritable analyse de sujets moins futiles qu'ils n'y paraissent, ce recueil de leçons ne demande qu'à trouver place dans vos cartables, à côté des véritables petits biscuits secs…

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

Merci à Babelio et sa nouvelle édition de l'opération Masse Critique grâce à qui j'ai découvert ce chouette ouvrage !

Ed. Mille et Une Nuits, avril 2009, 178 p.

Le Petit Nicolas – Le Ballon, Goscinny & Sempé

1 juin 2009

Une ultime (?) régalade avec ces 10 histoires encore inédites du Petit Nicolas. Que dire de cet incontournable petit garçon (qui fête ses 50 ans cette année, mine de rien*… cf. l'exposition qui lui est par exemple consacrée à l'Hôtel de Ville de Paris jusqu'au 4 juillet 2009) ?

Accompagné de ses copains (quelqu'un cherche des idées de prénoms originaux ?!) : Clotaire le dernier de la classe, Agnan le chouchou de la maîtresse, Rufus au papa policier, Alceste le bâffreur, Eudes le costaud, Geoffroy le gosse de riche, et enfin Joachim, le petit Nicolas vit de drôles aventures dans la cour de récré ou dans le terrain vague du quartier. Parfois, ses parents sont victimes (en partie volontaires) des bêtises de leur rejeton. Dans un style très reconnaissable et délicieusement désuet, le petit Nicolas est une madeleine de Proust littéraire, dans laquelle on croque avec bon appétit, même si les histoires de ce recueil ne sont sans doute pas les meilleures (ce qui peut entraîner une réflexion sur la nécessité de publier TOUT ce qu'un auteur disparu a écrit dans sa vie, jusqu'à ses listes de courses… fermons la parent-thèse).

* 50 ans et l'air toujours aussi juvénile ?? J'aimerais bien connaître le nom de sa crème de beauté, à celui-là ! ;-)

IMAV éd., mars 2009, 163 p.

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