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Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès

1 octobre 2008

Ce roman a obtenu le Prix du roman Fnac 2008, et c'est mérité ! Je faisais partie du jury cette année (avec 400 autres adhérents Fnac et 300 libraires) mais n'avais pas eu ce titre parmi ma sélection de 4 livres reçus en juin (j'avais cependant eu un autre tigre, indien, celui-là : Le Tigre Blanc, très bon aussi).

J'ai par ailleurs eu la chance d'assister à une rencontre littéraire organisée vendredi dernier par la Fnac Montparnasse, où Jean-Marie Blas de Roblès a raconté le contexte de l'écriture de ce roman au long cours (766 pages tout de même, et encore, son éditeur, Zelma, a négocié pour en retirer 200 avant la publication !) :

- 5 ans de documentation (dont la lecture des 40 livres en latin de Kircher, le jésuite du 17ème siècle au coeur du roman, et de tout ce qui a été publié sur son compte à travers le monde) ;

- 400 fiches sur les personnages et les évènements ;

- 10 ans d'écriture au total ;

- 10 ans avant de trouver un éditeur.

Tous ces chiffres sont impressionnants et démontrent la montagne de travail qu'a nécessité la publication de ce roman. Alors, de quoi s'agit-il, finalement ?

- D'un roman "jungle", où l'on valse de l'époque baroque à nos jours, de la jungle brésilienne (le Nordeste, où l'auteur a vécu deux ans, d'où une retranscription très réaliste du pays), et la jungle des mots : l'auteur a voulu mêler érudition et littérature tout en restant accessible à tous les lecteurs. Ma foi, c'est plutôt réussi : nombreux sont les vocables que je ne connaissais pas, mais cela n'a pas gêné ma lecture. Au contraire, c'est très agréable de côtoyer de nouveaux mots, des mots mystérieux ou anciens, même un peu d'allemand ou de latin (il y a une sacrée scène de débauche sexuelle en latin, ça change tout !!!).

- D'un "roman fable, à la Voltaire" (dixit J.M. Blas de Roblès, qui est lui-même philosophe de formation) que l'auteur voulait "bien écrit", sachant que son maître inégalé est Flaubert… Pari réussi là aussi.

D'un roman polyphonique, où chaque chapitre voit intervenir par épisodes six personnages principaux.

Athanase Kircher, jésuite du XVIIème siècle, est au coeur du roman. Il a réellement existé et était même un illustre savant à son époque, puis est complètement tombé dans l'oubli. Il faut dire qu'il s'était trompé à peu près sur tout, mais il reste célèbre pour avoir été le premier à déchiffrer les hiéroglyphes, a avoir écrit des traités sur la Chine et créé à Rome un Musée des Curiosités. Dans le roman, l'auteur reprend certaines de ses inventions farfelues (l'orgue à chats !!!) et en a malicieusement inventé d'autres (le cercueil à tube !!!).

Ici, c'est son disciple et fidèle compagnon de voyage, Caspar Schott, qui raconte les épisodes de la vie de Kircher tout au long de leur siècle (le XVIIème, donc).

De nos jours, au Brésil, Eléazard von Wogau est correspondant d'une agence de presse, plus précisément à Alcântara. Il ne fiche pas grand chose et a par conséquent le temps de plancher sur une biographie d'un personnage historique qui l'a toujours fasciné et en même temps énervé : Athanase Kircher.

Elaine, la femme d'Eléazard dont elle est fraîchement séparée, est paléontologue et part en expédition sur un bateau avec d'autres professeurs universitaires et un étudiant, à la recherche de fossiles extrêmement anciens.

Moéma, la fille d'Eléazard et d'Elaine est une étudiante paumée dans la drogue et dans ses orientations sexuelles oscillantes.

Nelson est un adolescent handicapé qui vit de la mendicité dans une favela. Il n'a qu'un ami, l'Oncle Zé, qui joue le rôle de protecteur du jeune homme quand il n'est pas sur les routes avec son camion.

Tous ces personnages, et d'autres encore, vont voir leurs vies s'entremêler d'une façon ou d'une autre… Et si certaines histoires finissent mal, "c'est parce que le monde va mal", nous dit l'auteur.

En conclusion, j'ai adoré Là où les tigres sont chez eux, roman d'aventures luxuriant dans lequel on saute de mot en mot comme sur des lianes pour progresser dans le récit. Une expérience à vivre !

Et si cela ne vous suffit pas, allez voir l'Index Iconographique sur le site dédié de ce roman (vous serez après cette lecture transformés malgré vous en Savants !).

Ma collection de mots : volutes mortifères, échinoderme, pédestrement, herméneutique, macrocosme, affleurement, canonnière, jangada, apothicairerie, fatuité, vilenies blasphématoires, figuiers étrangleurs, sulfamides, cachaça, mascaret, espar, morguant la malemort…

Une phrase : "Disparu, le soleil incendiait l'espace ; en ombres chinoises sur le ciel, les arbres géants découpaient de sages cumulus aux contours de braise".

Les avis de : Amanda, Emeraude et Stéphanie

22 commentaires »

  1. Laëtitia says

    Rhooo Tamara, la cachaça c’est fastoche… c’est ce qu’il y a dans la caïpirinia ;-) Pour le reste, j’attends de mon plonger dans ce « livre jungle » !

    1 octobre 2008 | #

  2. amanda says

    Les notes d’Eleazard constituent la partie qui m’a le plus « ennuyée »… ceci dit, même si ce fut long et parfois long aussi, je ne regrette absolument pas de m’être plongée dans cette jungle :)

    1 octobre 2008 | #

  3. Moustafette says

    Eh bien, rudement tentant tout ça !

    1 octobre 2008 | #

  4. Tamara says

    @Laëtitia : euh… non, toujours pas ! Je crois qu’il va falloir que je goûte (quand bébé Books ne me pompera plus !) :wink:

    @Amanda : moi non plus, même si l’épaisseur du livre m’a fait peur au début !

    @Moustafette : allez, chiche ?!!

    1 octobre 2008 | #

  5. Karine :) says

    J’hésitais à cause de la longueur du roman… mais je lis plein de billets… et je ne suis pas certaine que j’y comprenne quelque chose… et je suis de plus en plus curieuse!! Bon, en ce moment n’est pas « LE » moment pour lire ça… mais plus ça va, plus je me dis que quand j’aurai un peu de temps (et retrouvé ma tête), je m’y plongerai bien!

    2 octobre 2008 | #

  6. Caro[line] says

    Comme Karine, j’hésite à le lire à cause du nombre de pages, mais aussi du foisonnement, de la densité, semble-t-il. On verra d’ici quelques temps… (en fait, là, je crois que je suis en train de dire que non, je ne le lirai pas ! :roll: )

    2 octobre 2008 | #

  7. Anne says

    Pas vraiment tentée, mais on ne pourra pas dire que c’est à cause de ton billet :wink:

    2 octobre 2008 | #

  8. Emeraude says

    tu en parles drôlement bien je trouve !!
    @Amanda : c’est dingue, moi aussi !! J’ai même voulu demander à l’auteur plus de précisions mais je crois que j’ai mal tourné ma question, ou en tout cas je ne savais pas exactement ce que je cherchais à comprendre et puis de toute façon on a été interrompu par quelqu’un qui voulait une dédicace… ;-)

    2 octobre 2008 | #

  9. Ys says

    Je ne vois que des bons avis partout, j’ai très envie de le lire surtout que j’aime bien les livres parsemés de mots rares ou désuets.

    2 octobre 2008 | #

  10. Tamara says

    @Karine et Caro[line] : il ne faut pas s’arrêter au nombre de pages… Moi aussi, cela m’a effrayée au début, mais passées les deux cents premières, on ne peut plus lâcher !

    @Anne : bon, tant pis ! Mais au moins, tes commentaires ne sont plus dans les spams, c’est déjà une bonne nouvelle ! :grin:

    @Emeraude : merci… et oups, est-ce moi qui vous ai interrompus ? Je ne m’en suis pas rendue compte, si c’est le cas, sorry !

    @Ys : tu trouveras ton bonheur dans ce pavé, alors !! BONNE LECTURE !

    2 octobre 2008 | #

  11. Emeraude says

    Non non, ce n’est pas toi ! tu étais partie depuis bien longtemps déjà! Et je t’ai taguée :-)

    2 octobre 2008 | #

  12. cathulu says

    Je me le garde pour ma retraite ! :razz:

    3 octobre 2008 | #

  13. fashion says

    Je suis très tentée. Tu me le prêterais, dis ? :wink:

    3 octobre 2008 | #

  14. kathel says

    Je le note aussi mais pas pour tout de suite ! :razz:

    3 octobre 2008 | #

  15. Tamara says

    @Emeraude : j’ai vu, je vais voir ce que je peux faire ! :roll:

    @Cathulu : petite joueuse !! :wink:

    @Fashion : bien sûr ! Dis-moi quand tu le veux…

    @Kathel : tu dois avoir une sacrée PAL !! :mrgreen:

    3 octobre 2008 | #

  16. Brize says

    Ce pavé ne me convainc pas (les commentaires lus par ailleurs ne m’avaient pas donné l’impression d’une lecture toujours palpitante et pourtant tu as adoré ce livre), mais j’irai le feuilleter à l’occasion, histoire de me rendre compte par moi-même.

    3 octobre 2008 | #

  17. Lilly says

    Je n’aurais jamais été intriguée par ce livre, mais ton billet est tentateur au possible :grin:

    4 octobre 2008 | #

  18. Tamara says

    @Brize : je ne te forcerai pas à le lire, rassure-toi ! :wink:

    @Lilly : désolée !! :mrgreen:

    4 octobre 2008 | #

  19. Florinette says

    Comment résister à la tentation après un tel article ? J’étais loin de m’imaginer que ce livre renfermait tant de choses ! :-)

    6 octobre 2008 | #

  20. BlueGrey says

    Très joli billet ! A priori 700 pages ça paraît un peu beaucoup, mais ton commentaire me tente beaucoup beaucoup…

    8 octobre 2008 | #

  21. Tamara says

    @Florinette : ah si, il regorge de trésors ! Ce serait dommage de ne pas tenter la lecture… (mais il reste cher – compte tenu du nombre de pages et d’années pour le mener à bout, ce n’est pas du vol – peut-être ta médiathèque l’aura-t-elle ?)

    @BlueGrey : ne te laisse pas effrayer pour si peu… C’est comme 2 bouquins « normaux », rien de plus ! :wink:

    8 octobre 2008 | #

  22. tamaculture : Des livres, des mots... délivrent des maux » Liste des auteurs lus en 2008 says

    [...] Jean-Marie Blas de Roblès  Là où les tigres sont chez eux  [...]

    1 janvier 2009 | #

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