Le rêve de Martin, Françoise Henry 13


Ce court roman se lit comme il est écrit : d'une traite.

Armande vit à la campagne et, même si elle est déjà mariée et a deux enfants, elle a à peine dépassée la vingtaine dans l'entre-deux guerres. Un jour, le hasard la confronte à son ancien amoureux de jeunesse, Antoine, devenu instituteur. Le coeur l'emporte sur la raison, et de leur unique rencontre charnelle naîtra Martin. Le mari d'Armande ne tique pas à l'arrivée du bébé, mais lorsqu'en 1940 la guerre resserre les ceintures, il demande à ce que Martin, le troisième de leurs six enfants, soit placé chez un couple de paysans sans enfants… Le 9 mai 1940 marque le tournant de la vie de Martin.

Le roman est en réalité une longue lettre posthume qu'écrit Armande à son fils. Il a soixante-dix-sept ans et il est sur le point de rejoindre sa mère dans l'autre monde. Avec une honnêteté bouleversante, cette mère ose enfin ouvrir son coeur et exprimer ses sentiments, lui dire combien elle a souffert de leur séparation. Aurait-elle dû quitter son mari pour rejoindre Antoine et recommencer une autre vie ? Celle de son fils, en tout cas, aurait certainement été meilleure…

Ce livre est poignant : on ne peut que se mettre à la place de cette mère déchirée et de cet enfant qui ne comprend pas pourquoi il est rejeté de sa famille. Tous deux sont aussi malheureux l'un que l'autre mais la culpabilité de l'une et l'obéissance de l'autre empêcheront les retrouvailles. La très jolie plume de Françoise Henry , riche et sans concession, incite le lecteur à poursuivre le roman malgré sa noirceur.

Voici l'instant où tout s'est joué, la Faute qui bouleversera la vie d'une femme et fera de son enfant l'esclave de paysans crasseux qui n'auront pas un seul brin d'amour à offrir :

"Il m'a caressé la joue comme jamais personne ne me l'avait caressée. J'ai fondu. J'ai tout oublié. J'ai tout donné. Je me suis laissé glisser à terre avec lui. Le crépuscule nous protégeait. La terre était mouillée, l'herbe giflait doucement nos bras nus, je me suis salie, j'ai ri, j'ai eu du plaisir. Tu n'étais pas encore là, Martin, tu venais de commencer le chemin qui te mènerait au jour. " Martin n'a jamais compris pourquoi il a, un jour, été rejeté par ses parents. Il va enfin découvrir sur quel secret reposait sa vie brisée." (quatrième de couverture)

Publié chez Grasset en 2006, 219 p. et chez Le Livre de Poche en mars 2008, 155 p.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

13 commentaires sur “Le rêve de Martin, Françoise Henry

  • Tamara Auteur du billet

    @Amanda : il est à ma belle-mère qui m’a dit de le faire tourner parmi mes copines bloggeuses, si tu le veux… 😛

  • Tamara Auteur du billet

    @Cathulu : je ne la connaissais pas et recopie donc sa biographie : « Comédienne et auteur de pièces radiophoniques, Françoise Henry est née en 1959. Elle a publié un recueil de poésies (Eclatements) et plusieurs romans, dont Journée d’anniversaire (1988, Prix Cino del Duca), Le Postier (1999), Un Amour malheureux (2000), Mémoires d’un oiseau (2002)et La Lampe (2003). Le Rêve de Martin a obtenu le prix Marguerite Audoux. »

    @Mimienco : bonne découverte !

  • Tamara Auteur du billet

    @Cathulu : à ton service ! 😆

    @Anne : super !! Merci pour les liens (comment as-tu deviné que je n’avais pas eu le temps de chercher sur les blogs ? :mrgreen: )… Bisous bien transmis !

    @Belledenuit11 : j’espère qu’il te plaira !

  • didouchka

    Bonjour,
    Moi non plus je n’avais jamais entendu parler de cet écrivain mais ça donne vraiment envie de la découvrir. Je vais commencer par celui-ci, merci !

  • Claire

    Cet(te) écrivain(e) est remarquable. Pas assez connue, à mon sens. Elle sait très bien rendre les atmosphères; elle écrit sans concession ni démagogie, avec une lucidité qui met à nu. Elle analyse l’âme humaine avec justesse et perspicacité. Son dernier roman qui se passe à Prague en 1969 ‘Juste avant l’hiver » est très vrai de réalisme. Chapeau!