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Ailleurs, en ce pays – Colum McCann

10 septembre 2008

Il y a quelques mois, après être tombée sous le charme de La Rivière de l'exil, je m'étais promis de découvrir un autre recueil de nouvelles de Colum McCann, cet écrivain à la plume si passionnément irlandaise. Celui-ci en contient trois, la dernière étant presque une novella. Toutes mettent en scène des enfants qui souffrent indirectement de la situation politique de l'Irlande durant les années Thatcher.

Dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, une jeune fille - Katie – vole au secours de son père, dont la jument préférée est coincée par un rocher dans la rivière en crue. Le hic : il ne sait pas nager. Katie a déjà perdu sa mère et ne voit pas d'un bon oeil son père s'enfoncer dans son veuvage taciturne. Quand des soldats viennent à la rescousse de la jument et de ses maîtres, on ne peut pas dire que ce sont la reconnaissance et les remerciements qui étouffent le père…

Dans Le Bois, c'est un adolescent qui aide sa mère à assurer une commande, en cachette du père de famille. Ce dernier est menuisier mais il a été victime d'une attaque ; il est cloué au lit. Il ne serait guère ravi d'apprendre que sa femme a accepté de fabriquer des hampes qui vont servir dans un défilé orangiste

Une grève de la faim raconte l'histoire de Kevin, 13 ans qui vit dans une caravane avec sa mère. Le père est mort et l'oncle du garçon est en prison, sans doute à la suite d'actions ou de conspiration contre la politique du gouvernement anglais à l'égard de l'Irlande. L'oncle réclame le statut de réfugié politique et pour se faire entendre, entame une grève de la faim. Au rythme des journées monotones du jeune garçon, les kilos de l'oncle s'envolent inexorablement…

J'avoue ne pas avoir été particulièrement emballée par les deux premières nouvelles. L'une a un fin qui me déplaît, l'autre m'a laissée sur ma faim ! La dernière, en revanche, ressemble davantage à mes attentes. Sombre, bien sûr, puisque tel est l'univers de cet auteur irlandais.

Mais toutes sont formidablement bien écrites, dans une langue bizarrement simple et pourtant très imagée. Colum McCann est fichtrement doué pour insérer des détails insignifiants dans une histoire, et au final, ce sont ces détails qui font l'histoire. Par exemple, l'eau apparaît sous différente forme dans Ailleurs, en ce pays : d'abord tumultueuse dans la rivière, puis bouillante dans la théière, et enfin, amère dans les larmes du père… Dans le Bois, on a l'impression d'être dans l'atelier, à sentir la sciure de bois et le bruit de la ponceuse. Et la façon dont le jeune garçon fabrique des pièces d'échecs avec de la mie de pain est si bien décrite que j'ai eu l'impression d'assister à la scène…

En définitive, même s'il faut un peu de courage pour plonger dans la palette de gris et de noirs de McCann, cela en vaut la peine : ses mots sont autant d'étincelles qui viennent éclairer le tableau de l'artiste.

4 commentaires »

  1. cathulu says

    Encore un auteur à découvrir donc !:???:

    10 septembre 2008 | #

  2. Tamara says

    @Cathulu : oui, il le mérite ! :razz:

    16 septembre 2008 | #

  3. Katell says

    Je l’emprunterai à la médiathèque….j’ai failli le faire mercredi mais comme j’ai une pile à lire conséquente, j’ai préféré remettre à plus tard.

    27 septembre 2008 | #

  4. Tamara says

    @Katell : I understand ! Tu verras, il vaut le coup !

    3 octobre 2008 | #

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