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Sous la dalle, Henri-Frédéric Blanc

30 avril 2008

Acheté sur un coup de tête, ou plutôt sur un coup d'oeil à la première et quatrième de couverture, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre en ouvrant ce roman d'Henri-Frédéric Blanc. Eh bien, je peux dire que l'auteur a pondu un livre aussi original que son prénom.

Enterré vivant par mégarde, un homme doit affronter sa terreur, ses angoisses les plus enfouies (!) et surtout ses pertes de mémoire (ceux qui me connaissent comprendront que là, je ne peux que compatir ! ;-) ). Il ne souvient plus de son nom ni de ses dernières années de vie avant qu'il ne se trouve dans cette fâcheuse posture… Et cela est particulièrement handicapant, d'autant qu'il s'aperçoit assez rapidement qu'on l'a mis en bière avec son téléphone mobile, qui a tout l'air de fonctionner sous terre (hélas, l'auteur ne mentionne pas l'opérateur fournissant ce service, pour ma part, je capte déjà mal chez moi et à mon bureau, j'aurais bien changé de fournisseur…).

Pour en revenir à notre pseudo-mort, sachez qu'il tente de succomber à la folie, mais malheureusement, sa lucidité semble au contraire s'affûter, le plongeant dans des affres de douleur et d'impossible espoir… En effet, il parvient à joindre différents interlocuteurs, à commencer par la police, mais personne ne le croit !

S'ensuivent alors des dialogues improbables avec les "viandeux d'en haut", de longues réflexions sur la vie et son passé en particulier, et plus la Mort approche, plus le futur cadavre se sent un amour immodéré pour la Vie et les choses insignifiantes du quotidien.

La plume d'Henri-Frédéric Blanc est particulière : grinçante, jouant avec les mots et l'humoir noir, tout le monde n'aimera pas… Pour ma part, j'ai plutôt aimé – malgré quelques longueurs du texte - et particulièrement la scène du pince-fesses avec les morts du cimetière : un chapitre très réussi !

Extrait (p. 144) :

"Il était sur le qui-vive, les défunts qui l'entouraient semblaient tous un peu jaloux du reste d'existence qui palpitait encore en lui, de l'odeur de réalité émanant de sa personne. Eux seuls pouvaient l'aider à survivre, mais les noyés se moquent bien du naufragé agrippé à sa planche, leur unique plaisir c'est qu'il y ait un noyé de plus.

L'orgue se déchaînait, accompagné à la cornemuse par le tué du remonte-fesses, tandis que défunts et défuntes, exaltés par un requiem de plus en plus frénétique, se montaient l'occiput et criaient vengeance en pointant leurs os vers le "plancher des lâches" où végétaient ces sales debout aux faces de mardi gras, ces emmachinés, ces temporeux rosâtres, ces existouilleurs, ces vivants d'eau douce, ces respirateurs téléguidés, ces puceaux de la mort, ces bitumeux ingrats, ces vivantards bouffis, tous ces "viandeux d'là-haut" qui possédaient encore des oreilles pour écouter le chant des oiseaux et les vagues de la mer, mais qui préféraient les inepties et les mensonges de la télévision."

Ed. Le Serpent à plumes, coll. Motifs, 193 p.

Passer l’hiver, Olivier Adam

28 avril 2008

J'avoue avoir eu un a priori en ouvrant ce livre, car j'avais trop entendu parler de l'auteur - dont je n'avais encore rien lu - et j'avais l'impression que je n'aimerais pas son style.

Et bien, j'ai été agréablement surprise ! Dans ce recueil, neuf nouvelles, et autant de personnages "fatigués, fragilisés par la pénibilité de leur travail et l'échec de leur vie personnelle". "Un professeur en congé plus ou moins forcé pleure la mort de Pialat, une infirmière de nuit s'épuise au service des prématurés, un chauffeur de taxi erre sans but dans une banlieue déserte, une vendeuse dans une station-service est d'astreinte la nuit du Nouvel An, une secrétaire est réquisitionnée par sa patronne le soir du 24 décembre pour boucler un dossier…" (présentation de l'éditeur)

Ces personnes n'ont rien d'extraordinaire : elles sont, comme des milliers de gens, au bout du rouleau, et doivent puiser dans leurs dernières forces pour tenter de s'en sortir, de continuer… ou de s'enfuir.

Contrairement à d'autres recueils que j'ai beaucoup aimés, (comme ceux d' Emmanuelle Urien ou de Charles Gancel), il ne s'agit pas ici de nouvelles "à chute" : l'intensité dramatique est dans l'ambiance, dans la description d'un court moment de vie où celle-ci est sur le point de basculer, d'un côté ou de l'autre… Cette approche ne m'a pas dérangée, et finalement, j'ai vraiment bien aimé Passer l'hiver… Place au printemps, maintenant !

Special thanks : il s'agit d'un livre Lotobook envoyé par Alice, que je remercie !

Le Sauveteur, Jirô Taniguchi

27 avril 2008

Présentation de l'éditeur :

Shiga est gardien de refuge dans les Alpes japonaises. Il y a treize ans, son ami Sakamoto lui a demandé, avant de mourir, de veiller sur sa femme et sa fille. Une tâche dont Shiga n'a pas eu à s'acquitter jusqu'au jour où l'épouse de Sakamoto vient solliciter son aide pour retrouver sa fille disparue. Shiga quitte alors sa montagne et se retrouve rapidement à Shibuya, l'un des quartiers chauds de Tôkyô. Là se dévoilent le vrai Visage de la jeune Megumi et un monde la nuit aussi dangereux que sordide…

Jirô Taniguchi promène ici son lecteur des grands espaces à la jungle urbaine, jusqu'à un final magistral. Une nouvelle démonstration du talent de l'un des grands de la BD nippone.

Mon avis :

Cette histoire en treize chapitres est agréable à lire, mais elle ne m'a pas transcendée. Une histoire d'amitié sur fond de culpabilité, de jolis paysages de montagne puis l'animation des quarties chauds de Tôkyô, un héros plus vrai que nature et une jeune fille à sauver… Un scénario assez classique ! Le graphisme m'a plu, même si Shiga, le héros, a toujours un peu la même expression avec ses sourcils froncés (cf. la couverture !).

Il y a certainement un reflet de la réalité quant aux moeurs de la jeunesse japonaise, et cela est bien inquiétant : des jeunes filles encore lycéennes ont des "souteneurs" qui leur payent le karaoké et des consommations en échange de quelques faveurs…

Le Sauveteur est un manga plaisant, facile d'accès, que vous pouvez découvrir tranquillement si vous tombez un jour dessus !

Ed. Casterman, 2007, 334 p.

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