La place, Annie Ernaux 17


Dans La Place, Annie Ernaux nous parle de son père. Elle qui, devenue bourgeoise, avait honte de lui lorsqu'elle était enfant, dans les années 60, lui rend merveilleusement hommage dans cette autobiographie romancée.

C'est un livre à la fois pudique et touchant qui fait le portrait d'un homme modeste, à la fois ouvrier et petit commerçant. Il n'a jamais connu d'extravagances dans sa vie. Au contraire, elle est faite de plaisirs simples, dans le cercle familial composé de sa femme et de sa fille. Sa fille fait des études et apprend à parler français sans l'accent et les défauts de language paysan de son père. Les rapports père-fille ne sont donc pas évidents, entre modernité et rusticité, le fossé se creuse.

Mais Annie aime ses parents et au fond, elle est fière de son père, de son humilité, de son courage et de son bon coeur. Avec une écriture directe et sans fioritures, Comme le dit Caro[line], que je remercie de m'avoir offert ce livre (Lotobook), c'est un livre "plein de sens et d'émotions".

Extrait :

"Le café-épicerie de la Vallée ne rapportait pas plus qu'une paye d'ouvrier. Mon père a dû s'embaucher sur un chantier de construction de la basse Seine. Il travaillait dans l'eau avec des grandes bottes. On n'était pas obligé de savoir nager. Ma mère tenait seule le commerce dans la journée.

Mi-commerçant, mi-ouvrier, des deux bords à la fois, voué donc à la solitude et à la méfiance. Il n'était pas syndiqué. Il avait peur des Croix-de-Feu qui défilaient dans L… et des rouges qui lui prendraient son fonds. Il gardait ses idées pour lui. Il n'en faut pas dans le commerce."


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17 commentaires sur “La place, Annie Ernaux

  • Emeraude

    comme je l’ai dit chez Yohan je crois, il faut que je lise Annie Ernaux quand même. Je n’ai jamais rien lu d’elle !!

  • Anne

    J’ai lu en 1995 (ce n’est pas de mémoire, je viens de vérifier 😉 ) « Passion simple » et « La femme gelée ». Aucun des 2 ne m’avait plu et j’ai laissé tombé A.Ernaux. Pourtant l’extrait que tu mets me plait, je vais peut-être revoir mon jugement.

  • Karine

    Moi non plus je n’ai jamais lu cette auteure (en fait, avant de fréquenter les blogs, je n’en avais même jamais entendu parler!) mais les billets que je lis me donnent le goût de la découvrir!

  • valdebaz

    C’est chez Fashion que j’ai repéré la couv’ et tu me tentes beaucoup ! L’occasion de découvrir également cette auteure !

  • goelen

    Une auteure à suivre je crois. J’ai lu il y a longtemps un livre d’elle « lambeaux » pour aider ma cousine qui passait son bac de français car elle était au programme. Il semble que ses livres soient orientés vers tout ce qu’elle a vécu

  • C. Sauvage

    😉 L’histoire de ce livre est déchirante. Annie Ernaux a écrit là un livre exceptionnel, universel. Un livre fondateur pour moi. Je suis en train de savourer son dernier livre Les années qui boucle un cycle extraordinaire d’une femme qui est devenue une écrivaine majeure de notre époque sans jamais s’abandonner à la facilité ou à la complaisance. Sans oublier d’où elle vient. J’en parlerai dans mon blog d’ici une semaine sur livreshebdo.fr
    😈 Je déteste le mot d' »homme modeste » que vous avez utilisé chère Tamara comme bien d’autres le font pour dire « pauvre », « populaire », etc. Voilà des années que je me bats contre ces deux expressions « simple » ou « modeste » qui sont des masques. Annie Ernaux n’est pas d’orgine simple ou modeste. Son parcours en témoigne. Il n’est pas simple de changer de camp, de voler la langue que la bourgeoisie considère comme sienne, on peut même avoir un certain orgueil.
    Ni simple, ni modeste, seulement sauvage
    En toute amitié
    C. Sauvage

  • Tamara

    @Emeraude et Karine : sans Caroline, moi non plus je n’aurais pas connu cet auteur de sitôt…

    @Valdebaz : oui, j’ai vu que Fashion aussi l’avait reçu dans son Lotobook ! Coïncidence !

    @Goelen : il me semble aussi qu’il ne faut pas passer à côté !

    @C. Sauvage : j’ai lu en effet un article intéressant dans le Monde des Livres sur « Les Années », j’irai voir ce que vous en dites chez vous… 😀
    Et je reconnais avoir sans doute cédé à la facilité en utilisant les mots « simple » et « modeste » qui ne sont pas forcément les bons mais qui (hélas), vous le reconnaîtrez, parlent à un grand nombre. Cela dit, je trouve votre combat contre ces « masques » très noble et vous encourage à le poursuivre ! 😉 Mon combat est plus modeste (je peux, là ? :mrgreen: ) et concerne les « malgré que » et les « l’affaire que je t’ai parlé »… qui hérissent mes oreilles !!

  • cathulu

    Su Christian Sauvage dit le plus grand bien du dernier roman d’Annie Ernaux, je surligne aussitôt. En plus, elle ne répète pas ses précédents romans et propose une vision originale d emai 68

  • Tamara Auteur du billet

    @Cathulu : je lirai donc aussi ton avis sur ce roman…

    @Lucile : je pourrai bien sûr te le prêter, si tu veux, à l’occasion !

  • C. Sauvage

    😆 Merci Tamara c’est la première fois que je réussis à utiliser les smileys et c’est chez vous. A bientôt

  • la nymphette

    Je suis normalement punie de bibliothèque (yc libraries, fnac, amazon et autre lieux de perdition). Mais là c’est un poche et comme dit Cathulu si C SAUVAGE le conseille, je ne peux plus lutter!

  • Tamara Auteur du billet

    @Lucile : un de plus sur la liste… :mrgreen:

    @La nymphette : moi je ne dis rien ! tu as décidé toute seule !! sinon je peux bien sûr te le prêter !

  • Tamara Auteur du billet

    @Thom et Sylvie : tiens, mais tout le monde la connaît, alors, Annie Ernaux ! Je suis toujours à la traîne… 😉