En voilà, un drôle de petit livre !
Un appelé du contingent, le Pollak Henri, et ses amis de Montparnasse essaient avec beaucoup de mal de faire réformer un autre appelé (Karamanlis ou autre, puisque son nom varie selon la fantaisie de l'auteur) pour lui éviter d'avoir à servir en Algérie pendant la guerre d'indépendance. Ils envisagent ainsi par exemple de lui rouler dessus…
Mais toute cette farce n'est qu'un prétexte de l'auteur pour s'amuser, dans ce court texte complètement déjanté, avec la très large panoplie de figures de style et autres jeux de mots qu'offre la langue française.
Cela m'a beaucoup déroutée car je ne m'attendais pas à cela, et je ne comprenais pas tout dans ce roman… Mais il s'avère que c'est NORMAL ! Ce "récit épique en prose" est bourré de tournures de langage que je n'ai jamais apprises à l'école (mais que fait l'Education Nationale ?
)…
C'est pourtant fort réjouissant, une fois qu'on a compris l'intention de Georges Perec, véritable artiste du cirque littéraire : jongler avec les mots !
Et pour notre culture générale, il nous offre un index à la fin du livre présentant les dizaines de procédés littéraires utilisés : abrégé, alexandrin, allusion, anaphore, antonomase, antonymie, apocope, calembour, chiasme, circonlution, diaphore, ellipse, épiphrase, euphémisme, métathèse…
Un auteur que j'ai eu plaisir à découvrir et qui m'a fait fortement penser à Raymond Queneau !
Jugez par vous-même :
Extrait p. 29 :
"Et le lendemain, à peine la douce Aurore aux doigts boudinés eut-elle tiré du lit, non sans difficulté, le gars Phoebus, que le Pollak Henri, redevenu margis chez les tringlots, dévalant les boulevards périphériques de toute la vitesse de son pétaradant petit engin vélomotorisé dont les garnitures de frein venaient d'être entièrement révisées, alla porter la bonne nouvelle à son brave copain Karawurtz, à savoir que lui Pollak Henri et ses potes à lui (c'était nous ses potes à lui), on allait y casser le bras tous en choeur et en douceur un jour prochain qu'il viendrait en ville et qu'ensuite il n'aurait qu'à raconter qu'il a glisssé sur la peau de banane du grand plongeoir mécanique de la station de métro Tourelles et que, même si l'on en doute, la section psychothérapeutique du bataillon prendra l'affaire en mainet qu'il serait tranquille pour un bout de temps et que les Français, ils sont rejetés à la mer, les femmes et les enfants d'abord, les veuves ramenées dans leur douaire d'origine et l'armistice c'est dans la poche et la paix elle est signée."
Extrait p. 43 :
"Le lecteur qui voudrait marquer ici une pause, le peut".
Merci à Géraldine de m'avoir envoyé ce livre pour le Lotobook (n°1, je précise, maintenant que le second a eu lieu !).