Hier soir, Emeraude, Caro[lline], Fashion victim et moi avons passé la soirée avec Philippe Claudel. Bon, d'accord, il y avait quelques autres personnes (âgées) avec nous, dont une perruche verte qui nous cassait un peu les oreilles, mais à part cela, la soirée fut délicieuse.
Philippe (oui, on l'appelle Philippe maintenant qu'on se connaît) est un homme intéressant, intelligent, à l'air doux et gentil, ce qui ne l'empêche pas de lancer des vannes aux écrivains dont il n'apprécie pas la plume (léviades et autres). Je ne mets pas de photo car il aspire à se balader incognito, donc évite les photos et ne va jamais sur les plateaux de télévision. Cela lui permet ainsi d'être "parmi nous" et donc de pouvoir observer librement la société sans que le rapport soit faussé par la notoriété.
Il a présenté son nouveau roman, Le rapport de Brodeck, dont vous avez probablement entendu parler (je ne l'ai pas encore lu). Ensuite, les questions du public étaient ouvertes !
Le rapport de Brodeck est peut-être son dernier roman, ou en tous cas, il clôture une phase dans la vie de l'écrivain. La petite fille de Monsieur Linh était d'ailleurs une transition entre Les Ames grises et Le rapport de Brodeck. Mais comme les personnages de ses romans vivent durant des mois, voire des années dans la tête de Philippe, certains parviennent à ruser dans la file d'attente et à faire raconter leur histoire avant celles des autres. Ce fut le cas de M. Linh, qui a précédé Brodeck alors que ce dernier était là depuis la petite enfance de l'auteur, vécue en Lorraine.
Une autre chose m'a surpris : Claudel écrit toujours plusieurs romans (ou scénarios, ou récits…) en même temps. Et il n'écrit que lorsqu'il en ressent l'envie, quitte à ce que cela lui prenne plusieurs années. Sans compter qu'il fait aussi du cinéma (il a écrit les scénarios des adaptations des Ames grises, déjà sorti, et de La petite fille de M. Linh, dont il ne sait pas encore s'il souhaite ou non le tourner).
Comme nous tous, Philippe trouve que la vie d'un lecteur est beaucoup trop courte. Par conséquent, il ne lit que la littérature qui "le bouscule, le dérange, le fait réfléchir". Tout le reste n'est, pour lui, pas de la littérature. Il n'a guère lu ces derniers temps, faute de temps, mais nous savons qu'il aime beaucoup Modiano. Quant aux autres auteurs ou titres cités, je ne m'en souviens plus et compte sur Fashion pour vous en parler (hé hé, trop facile, l'esquive !).
Après qu'il ait lu le début de La petite fille… et du Rapport…, au moment des dédicaces, j'ai demandé à Philippe s'il savait ce qu'était une PAL ! Il a réfléchi, m'a demandé dans quel contexte, et quand je lui ai dit "les blogs littéraires", il a avoué ne se servir que de la messagerie électronique, mais pas du tout d'internet (il n'a pas de site) ni des blogs. Je lui ai donc expliqué le concept de PAL et lui ai demandé dans quel état était la sienne… "j'ai une PAL paléolithique !" a-t-il répondu du tac au tac (j'adore !). Et il a été agréablement surpris d'apprendre que les copines précitées et moi nous étions rencontrées par blogs intermédiaires ! Cela l'a rassuré sur le fait que les gens ne laissent pas les ordinateurs les couper de la vie réelle !
Voilà, après presque deux heures passées dans cette librairie (Voyelle, dans le 15ème arrondissement de Paris), nous avons laissé Philippe à sa pile de RAV (Rapports à Vendre !)… et sommes rentrées chez nous, le ventre vide mais l'esprit plein de jolis mots.
Le récit d'Emeraude