"Un récit bouleversant et un devoir de mémoire", voilà comment on pourrait résumer ce roman.
J'ai attendu quelques jours pour pouvoir parler "à émotions reposées" de cette lecture qui m'a beaucoup touchée.
C'est l'histoire d'une petite fille de dix ans comme les autres… sauf qu'elle est juive et qu'on est en 1942. Ses parents, d'origine polonaise, ne sont pas riches mais son frère et elle sont heureux et en bonne santé. Un jour de juillet, des pas lourds se font entendre dans les escaliers de leur immeuble rue de Saintonge (dans le Marais, quartier parisien à cheval sur les 3° et 4° arrondissements)… Seraient-ce des soldats allemands ? Non, ouf, ce sont des gendarmes français. Mais alors, pourquoi demandent-ils à toute la famille de venir avec eux ? Cela doit être une erreur… Heureusement, la petite fille a eu le temps de cacher Michel, son petit frère de 4 ans, dans un placard secret de leur chambre, il est à l'abri en attendant le retour de sa famille. Mais le drame, c'est qu'ils ne reviendront pas de cette rafle du Vélodrome d'Hiver qui a mis un terme à la vie de milliers de juifs français (ou vivant en France depuis de longues années). A tout jamais, le 16 juillet 1942 restera gravé dans la mémoire de leurs proches ou des rares survivants.
Soixante ans plus tard, c'est Julia, journaliste américaine qui vit à Paris depuis vingt-cinq ans et mariée à un Français, qui écrit un article sur ce drame de la guerre, dont trop peu de gens se souviennent. Elle-même n'a jamais entendu parler du "Vél d'Hiv" et en éprouve un fort sentiment de honte et de révolte. Elle va mener une enquête qui la conduira à s'interroger sur le passé de sa belle-famille, levant le voile sur de douloureux secrets. Dès lors, rien ne sera plus comme avant, certains liens se ressereront alors que d'autres se briseront nets sans retour en arrière possible.
Ce livre est à la fois passionnant et dérangeant.
Passionnant parce que tous les personnages principaux sont attachants, on retient son souffle quand la petite fille tente de s'échapper du camp où sont parqués les familles juives dans la campagne française, on s'émeut avec Julia lorsqu'elle visite ce même camp bien des années après, on espère vaguement que tout cela va bien se terminer alors qu'on sait pertinamment que ce ne sera pas le cas… à moins d'un miracle…
C'est un roman dérangeant parce qu'on regrette de ne pas penser plus souvent à tous ces malheureux qui ont péri sans raison dans d'aussi horribles conditions. Bien qu'ayant vu de terribles images en cours d'histoire (des films en noir et blanc mais insoutenables) et visité un camp de concentration, je ne me souviens pas avoir entendu parler de cette rafle des juifs parisiens en particulier. Ayant habité quatre ans à quelques rues de celle des héros de ce roman, je ne me suis jamais doutée de ce qui s'y était passé (dire qu'une de mes librairies favorites se trouve au 27 rue de Saintonge - Comme un roman - j'ai dû passer des centaines de fois devant la maison du drame).
Heureusement, l'alternance des récits de la petite fille et de la journaliste permet au lecteur de respirer et de pouvoir poursuivre la lecture sans se mettre dans tous ses états. Au contraire, je quittais l'une avec peine pour retrouver l'autre avec plaisir et je n'ai jamais envisagé d'abandonner ce formidable récit qui rend hommage à la mémoire des victimes de la barbarie nazie sans oublier le triste rôle de l'administration française de l'époque.
Et bien évidemment, on s'interroge sur ce qu'aurait été notre propre attitude dans de telles circonstances. Aurais-je eu le courage de tenter de m'évader ? Aurais-je aider des familles juives à se cacher ? Aurais-je participé dès la première heure à la Résistance ? Je ne puis que l'espérer de tout mon coeur. Mais ce ne sont pas les drames actuels qui manquent, par exemple la guerre civile au Darfour et que faisons-nous ? Je me sens bien impuissante, j'en profite donc pour hurler mon désarroi face à la bêtise humaine. Le passé ne sert-il pas de leçon ?
Pour finir, j'ai trouvé un minuscule défaut à ce roman (simplement pour que mon impartialité ne soit pas mise en doute !) : Zoë, la fille de Julia, a parfois des paroles un peu trop matures pour 11 ans ("j'étais tellement excitée que je n'ai pas pu tenir ma langue" me paraît être plutôt une parole d'adulte - mais en même temps, je n'ai pas d'enfant, alors…).
(ah ! et il manque un "c" p.226 que je restitue ici : c
)
Vous aurez compris que je recommande vivement la lecture d'Elle s'appelait Sarah, quant à moi, ayant beaucoup apprécié le style de l'auteur, je vais m'empresser de découvrir Spirales et autres rosnayries…
P.S : une pensée pour Tatiana de Rosnay : ce livre n'a pas dû être facile à écrire… (Julia m'a fait penser à vous).