Philippe Jaenada et “La grande à bouche molle”
Hum, on peut dire que le titre est bizarre. La grande, je veux bien, mais décrire une dame par sa bouche, c'est un peu réducteur, non ? Et puis, d'ailleurs, comment voit-on qu'une bouche est molle ? Au premier regard, cela ne me semble pas si évident que cela. Bon, admettons.
Le narrateur de cette histoire s'appelle (coïncidence ?!) Philippe Jaenada. Il est amoureux (pour la première fois à 35 ans) de la sublime Anne-Catherine - le PMU étant l'autre passion de sa vie - et travaille dans une agence de détectives privés. Ce job peut paraître excitant mais il s'agit en l'occurrence de suivre des maris volages ou de récolter des preuves pour régler des différends entre voisins. Jusqu'au jour où…
En charge d'une filature d'un conducteur de métro lambda, lequel retrouve une petite brunette pour son quatre-heures, au grand damn de son épouse, Philippe Jaenada hésite et tergiverse. Bien qu'ayant accumulé des preuves (photos) du couple illégitime, il ne parvient pas à dénoncer ce pauvre quidam et décide de poursuivre un jour ou deux sa mission. Quand un soir, contrairement à ses habitudes, le conducteur de rames prend inopinément le volant d'une voiture. Heureusement, notre détective été garé non loin et se lance à sa poursuite sur le périph' puis l'autoroute (après avoir vérifié auprès de son boss que ses frais lui seraient bien remboursés).
Et à partir de là, tout part en vrille. C'est la rencontre avec Fabienne - qui ressemble à grosse pomme verte - abandonnée dans une station service Shell de l'autoroute A6, la course-poursuite jusqu'à l'hôtel Mercure perdu dans le désert français, la découverte d'un cadavre qui n'a rien à voir avec le schmilblik de l'histoire, l'enlèvement de Françoise, la prise en chasse d'un individu louche qui rôdait à l'hôtel, qui n'est plus le conducteur de rame puisque ce dernier a repris la route durant le rapt… Et voilà Philippe, toujours aussi paumé et fauché, enbringué dans une affaire de grand banditisme à laquelle il ne pige rien mais qu'il décide de résoudre malgré tout, pour retrouver son auto-stoppeuse verte.
Mais chut, je n'en dis pas plus, à vous de découvrir ce détective anti-héros franchouillard, qui n'est pas sans rappeler San Antonio (NB : le côté graveleux en moins). Il est indécis, peu sûr de lui, presque incompétent mais chanceux dans ses déboires… Le style est direct, presque parlé, mais drôle et toujours plein de parenthèses, marque de fabrique de Philippe Jaenada (l'auteur ! Cf. l'article Vie et mort de la jeune fille blonde).
Bref, un polar à contre-courant aux aventures abracadabrantes (à la limite de la parodie) mais plaisantes et entraînantes, qui ne vous laissera sans doute pas de glace !

Tu dois pouvoir voir que quelqu’un à la bouche molle tout simplement en l’embrassant non ? On doit avoir la bouche molle en sortant de chez le dentiste et une bonne anesthésie ?
5 décembre 2006 | #
Tu fais un trip jaenada , on dirait !
5 décembre 2006 | #
@Jonx : j’ai réfléchi depuis et je pense que des types comme Philippe Seguin ont la bouche molle. Et pourtant, je ne l’ai pas embrassé, promis !

@Cathulu : oui et d’ailleurs, je devrais cesser ces séries car je fais régulièrement des overdoses !
5 décembre 2006 | #
un polar à contre-courant, ça me plait ça! je note!
6 décembre 2006 | #
Cette interview de Philippe Jaenada vous intéressera peut-être:
http://wrath.typepad.com/wrath/2006/12/podwrath_philip.html
19 décembre 2006 | #
@wrath : merci pour ce podcast sur le dernier roman “Les Brutes” de P. Jaenada !
20 décembre 2006 | #
Jaenada est mon auteur chouchou. Il est un peu pour moi ce que Foenkinos est pour Caro[line]
Je conseille à tout le monde de lire son premier roman qui obtint le prix de Flore : LE CHAMEAU SAUVAGE. C’est EXCELLENT (en toute objectivité bien sûr)… A la fois léger et profond, drôle et tragique, terriblement attachant et bien écrit dans un style qui n’appartient qu’à l’auteur. Je suis fan.
J’ai bien aimé aussi la grande à bouche molle, j’y ai retrouvé les mêmes ingrédient, le même recul de l’auteur, le même regard décalé face à ce qui l’entoure et à ce qu’il vit.
12 septembre 2007 | #