Philippe Jaenada conte la “Vie et mort de la jeune fille blonde”
- Parenthèses
A l'origine, une chronique d'Olivia de Lamberterie (Télématin, France 2), m'a donné envie de lire "Les brutes", un ouvrage de Philippe Jaenada venant de paraître. Hélas, mon portefeuille refusant en cette fin de mois d'assouvir mes désirs, je me suis vengée en achetant en Poche "Vie et mort de la jeune fille blonde", du même auteur.
Ah, quel régal ! Je me plonge avec délices dans toutes ces parenthèses et sous-parenthèses (dont j'avoue abuser régulièrement et sans trop de remords), dans l'écriture habile et drôle nous empêchant d'y perdre notre latin (même lorsque - comme moi - on n'en a jamais trouvé à l'école).
Le narrateur a 39 ans et il vit à Paris. La vie l'a conduit à être plutôt désabusé, il traîne son sac de matelot partout avec lui, entre bars et promenades, et même dans les dîners chics. D'ailleurs, il l'a sur l'épaule lorsqu'il arrive en retard chez ses "amis" Alice et Paul, lesquels appartiennent à la classe aisée-alcoolisée-détestant la solitude, et qui tentent d'y remédier en organisant chaque soir des dîners à leur domicile, mêlant des invités éclectiques et excentriques.
Ce roman met en exergue toute la fragilité des personnages, il oscille entre humour et horreur des situations, les relations humaines ne sont pas toujours présentées sous leur meilleur jour et on touche du doigt certains sujets fondamentaux, tel le sens de la vie.
Par hasard, la fille de Paul, Céline, 35 ans, toxicomane et ayant quitté le foyer familial depuis une vingtaine d'années, est évoquée lors du dîner auquel le héros solitaire arrive en retard. Brusquement, entre les jeux débiles organisés (concours des cuisses les plus fortes, concours de baffes), il réalise qu'il se trouvait sur le même lieu de vacances de Céline lorsqu'elle avait 13 ans et lui 16, et que c'est probablement elle qui l'a initié à ses premiers émois sexuels.
Replongeant soudain dans ses souvenirs d'adolescence, le narrateur n'aura plus qu'une idée en tête : retrouver la jeune fille blonde en T-Shirt rose, jeans et baskets blanches, peu importe ce qu'elle est devenue, elle est son seul lien avec le passé.
Je ne puis m'empêcher de vous proposer un petit extrait avec un bon quotat de ces parenthèses dont je raffole :
"Je fumais une cigarette près des toilettes de ce TGV entièrement non-fumeurs[…] (j"avais entendu à la radio une sale bonne femme de la SNCF qui expliquait la décision de supprimer les wagons fumeurs : ils étaient moins remplis que les autres, donc, pour des raisons économiques, on n'en avait laissé qu'un, dans un premier temps, c'est sympa de notre part, et comme évidemment tous les fumeurs du train s'y rendaient pour fumer, l'atmosphère y devenait irrespirable et chacun pouvait comprendre, même les bornés de mauvaise foi, qu'il était nécessaire de le supprimer aussi (en résumé, les fumeurs (qui ne dérangeaient en rien, dans leurs wagons, les non-fumeurs dans les leurs) sont moins nombreux donc ils ne comptent plus, la majorité devient l'unanimité : les râleurs, étant minoritaires, ne sont gêneront pas) - pour se justifier, elle prenait l'exemple des avions, qui sont tous entièrement non-fumeurs et dans lesquels on n'entend jamais personne se plaindre (mais qui serait assez vindicatif et passionné par la contestation inutile pour, se sachant bien entendu dans un avion non-fumeurs, on le répète assez, se lever soudain au-dessus de l'Atlantique et s'écrier : " Je ne suis pas d'accord ! C'est un scandale !" ?) […])."

Ah, j’ai suivi la même chronique que toi chez ce cher William, et ai entendu le même appel du porte-monnaie une fois Les brutes en main à la librairire !!
Mais j’en ai lu un tiers debout dans les rayons, et si la bibli veut bien, elle devrait l’acheter sous peu….
28 novembre 2006 | #
Et si t’arrêtais de fumer…
3 paquets = 1 livre
Voilà une motivation
Je devrais proposer le slogan à la SEITA pour remplacer le fumer tue
29 novembre 2006 | #
J’avais beaucoup aimé les précédents mais j’hésitais pour celui-ci…
29 novembre 2006 | #
Ben moi je ne sais plus, j’hésite quand même, il y a du pour et du contre pour ce livre, s’il est à la biblio, par curiosité, j’y jetterais un oeil, voir deux et je verrais bien…
29 novembre 2006 | #
Ouh là là ! Visiblement, il y avait plus que ce que je croyais dans ce livre… ;D Mais bon, d’une je n’ai pas du tout aimé ces parenthèses que l’auteur met en permanence, et de deux, je trouve que Philippe Jaenada va vraiment trop vite. Tout ce que tu dis sur ce type qui n’a plus qu’une idée en tête, retrouver Céline, ça ne dure pas très longtemps en fait. Enfin, je trouve que c’est très tiré par les cheveux. Si Philippe Jaenada ne s’était pas contenté d’écrire si peu de pages, il aurait pu développer. Parce que ce livre, je l’ai refermé avec le sentiment qu’il ne servait vraiment à rien. Ce que tu as trouvé dans ce livre, je crois que c’est ce que j’y ai cherché en vain… Merci pour ta critique éclarante, peut-être que je relirai un jour ce livre avec la même optique que toi, et que je me sentirai moins frustrée. Bonne journée !
29 novembre 2006 | #
@ Cuné : c’est vrai que tu as une bonne bibliothèque municipale !
@ Michel : je présume que c’est au narrateur que tu proposes d’arrêter de fumer, moi je n’ai jamais commencé ! :-p
@ Cathulu et Florinette : si vous hésitez, je vous suggère d’essayer de l’emprunter, dans le cas où vous seriez déçues, ce sera à moindre frais !
@ Lily : il est possible que tu n’aies tout simplement pas accroché avec le style de l’auteur… Je n’ai pas trouvé le livre trop court… Cependant, j’ai vraiment aimé et du coup, je suis en train de lire un autre bouquin de cet auteur ! A suivre…
29 novembre 2006 | #
Je ne vais pas répété ce que j’ai déjà dit dans mon commentaire sur “la grande à bouche molle” ! J’adore Jaenada. Celui-ci est mon 2e préféré (juste après “le chameau sauvage”qui est exceptionnel). Je suis en train d’écouter le Pod cast de l’interview de Jaenada en écrivant. Intéressant (forcément).
12 septembre 2007 | #