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David Lodge nous propose un petit Changement de décor…

5 octobre 2006
  • Philip Morris, un tabac !

Grâce à Cécile et Frisette, je me suis intéressée aux livres de David Lodge, et plus particulièrement à Changement de décor (pour la simple et bonne raison qu’il constitue le premier volume d’une trilogie !). C’est avec une curiosité empreinte de délice anticipé que je me suis plongée dans le ciel de 1969. En effet, l’histoire commence avec un échange universitaire outre-atlantique de Professeurs de littérature anglaise.

Le premier, Morris, vit en Californie et a un poste prestigieux à l’université d’Euphoria. Grand spécialiste de Jane Austen, il est aussi père de jumeaux mais sa femme, Désirée, pense fortement au divorce. Il faut dire que Morris est coureur de jupons et que l’époque est plutôt à la liberté sexuelle qu’à la ceinture de chasteté.

Philip, le second professeur, est anglais et vit dans la petite ville industrielle de Rummidge. L’université britannique où il exerce tant bien que mal sa non-spécialité (disons qu’il est spécialiste en rédaction de questions d’examens !) est figée dans la tradition et les relations avec les étudiants sont bien plus formalisées qu’à Euphoria. Sur le plan personnel, Philip est bien loti - sa femme Hilary est bonne cuisinière et ses enfants ne lui posent pas de difficulté particulière - mais mal logé (sa vieille maison anglaise est pleine de courants d’air).

Pour des raisons qui leurs sont propres, chacun de ces deux professeurs va se lancer dans une aventure en terre étrangère pour une durée de six mois. Une cascade de coïncidences et des geysers de rebondissements vont les amener à s’imiscer davantage que prévu dans la vie de l’autre

Ce livre nous permet d’appréhender le milieu universitaire de la fin des années soixante, avec tout ce qu’il comporte de révoltes étudiantes, de frivolité et d’espoirs de changement en profondeur. La comparaison Californie / Midlands est aussi intéressante qu’étonnante, même si l’on est novice dans cet univers professoral de littérature anglaise et que l’on a pas lu l’intégralité des œuvres de Jane Austen. Le changement de points de vue narratif permet de s’attacher à chacun des personnages, ces anti-héros bourrés de défauts et à la fragilité touchante.

Le ton davidlodgien est un pur régal, jouant d’un salmigondis de styles (narration, articles de presse, correspondances, pièce de théâtre). L’humour anglais est présent à chaque page, on se délecte des piques vachardes, des jugements de société à l’emporte-pièce, des situations grotesques si finement déployées par l’auteur (notez, par exemple, les prénoms des profs)… Je suis enchantée d’avoir découvert cet auteur et je vous invite - si ce n’est déjà fait - à dévorer ce Changement de décor.

Allez, dans mon immense bonté, je vous en offre un échantillon gratuit (ne peut être vendu) :

De plus, c’est son premier vol au-dessus de l’eau (eh oui, Morris Zapp n’a encore jamais quitté la masse rassurante du continent nord-américain, exploit unique parmi tous les collègues de son université) et il ne sais pas nager. Tout ce rituel étrange au début du vol pour montrer aux passagers le mode d’emploi des gilets de sauvetage gonflables le perturba quelque peu. Ce truc en toile et en caoutchouc était une invention de fétichiste, mais, en cas d’urgence, il n’avait pas plus de chance de pouvoir l’enfiler que de rentrer dans la gaine de l’hôtesse qui faisait la démonstration. De plus, il avait cherché à tâtons le gilet de sauvetage sous son siège, là où il devait être, mais n’avait pu le trouver. Et s’il n’avait pas craint de se trouver dans une posture ridicule devant cette blonde avec ces énormes lunettes assise à côté de lui, il se serait mis à quatre pattes pour effectuer une vérification en règle. Il se contenta de laisser pendre ses longs bras de gorille par-dessus le rebord de son siège, passant discrètement les doigts en dessous comme quelqu’un qui cherche à se débarrasser de son chewing-gum ou de ses crottes de nez.

NB : l’édition est agréable à la lecture (Rivage poche, Bibliothèque étrangère) : par la taille des caractères, qui ne sont pas ultra-rikiki pour un format poche (évitant par là-même de s’en faire sous les yeux), la souplesse et le punch de la couverture…

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