tamaculture

Un secret, Phillipe Grimbert

31 octobre 2006
  • Ah, si j’avais un frère…

… j’aurais moins de misères,
Je serais protégée
Dans la cour de récré.

(merci de ne pas huer l’auteur, elle fait ce qu’elle peut !)

C’est vrai, quoi, ça doit être sympa d’avoir un frère. Un frère pour vous défendre contre le reste du monde. Un frère avec qui partager ses secrets.
D’ailleurs, le narrateur de cette histoire, adolescent mal dans sa peau, a décidé qu’il en avait un , de frère. C’est un frère plus grand que lui, plus beau, plus intelligent et surtout de constitution physique forte, qui ne fasse pas honte à ses parents.

Lorsque quelque chose ne va pas, il s’adresse à son frère imaginaire, et cela l’aide à se sentir mieux. En effet, ses parents, Maxime et Tania, sont tous deux de grands sportifs à au physique robuste et gracieux, qui fait l’admiration de leur fils tout en le rendant invisible à leurs yeux (selon lui).

Notre jeune héros se rend souvent chez la voisine masseuse, Louise, amie de ses parents de longue date. Le jour de ses quinze ans, Louise va lui révéler un terrible secret…

Et de là part toute l’histoire de la famille, lourde de secrets et de regards chargés de non-dits, ainsi que l’Histoire qui jailli au milieu de ces révélations : l’Holocauste, la disparition de plusieurs membres de cette famille juive (bien qu’elle ait transformé son nom), le cruel destin qui a fini par réunir Maxime et Tania.

Ce récit est atrocement fabuleux, il nous prend aux tripes et nous bouleverse par ses mots, simples, justes, effrayants par l’horreur de la situation et tout en pudeur.

C’est aussi une belle histoire d’amour, la rencontre de deux jeunes gens modestes dont les chemins étaient parallèles mais qui ont fini par se croiser (je sais, c’est mathématiquement impossible !).

Jusqu’à présent, aucune des personnes ayant lu ce livre n’a été déçue. Les 183 pages se dévorent d’une traite. Vous ne regretterez donc pas les quelques euros (en poche) que vous aurez dépensés pour découvrir Un Secret.

NB : ce roman a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens et le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle.

Mon CV dans ta gueule, Alain Wegscheider

28 octobre 2006
  • Mon CV dans ta gueule (d’Alain Wegscheider)

Voilà déjà un auteur qui n’a pas jugé bon de prendre un nom « bankable » (facile à retenir, de préférence en deux syllabes !). J’ai acheté ce livre sur un coup de tête, attirée par son titre politiquement incorrect et par le sujet de la recherche d’emploi.

Martin Chasseur a vingt-quatre ans et a fait des études dans la finance. N’ayant pas trouvé d’emploi dans son domaine, il a fini par accepté un poste d’intérimaire dans une usine pharmaceutique. Il tamponne des bons de réception au milieu de l’équipe des carristes, aux noms aussi exotiques que Roger et Marcel.

Plutôt aigri par la vie, Martin n’a pas d’amis et sa vie est rythmée par le travail à l’usine, prenant fin à 17h52 chaque jour, et l’abrutissement devant sa télé dans son petit appart. Il reçoit souvent la visite de Thomas, un type plutôt déjanté et ayant fait les mêmes études que Martin. En revanche, il refuse de s’abaisser à prendre un petit « job » et il est chômeur de longue durée, le temps brouillé, les habits froissés et sentant la pauvreté à plein nez. Revendicatif, Thomas a des idées révolutionnaires pour trouver un emploi : il décide de répondre, non plus aux offres d’emploi, mais aux annonces d’obsèques, afin de postuler aux fonctions occupées par les défunts.

Un jour, une stagiaire arrive dans le service Réception (des cargaisons) où travaille Martin. Jeune et très jolie, répondant au doux nom de Gabrielle, la stagiaire fait tourner la tête à tous ces messieurs, et Martin tombe raide dingue amoureux. Les journées de travail sont désormais un plaisir et le week-end lui paraît bien long. Gabrielle, en effet, semble l’avoir remarqué…

De son côté, Thomas met au point une méthode « pro-active » : au lieu d’attendre bêtement la mort d’actifs, autant cibler des travailleurs aux postes qui l’intéresse et les zigouiller en envoyant parallèlement un CV à la DRH ! Bientôt, les meurtres vont se succéder au sein de l’usine où bosse Martin et une enquête est ouverte…

Commençant tranquillement, ce roman s’emballe et devient de plus en plus délirant, jusqu’à l’apothéose de la fin : un pur délice de cynisme, d’humour noir, d’action et d’amour. L’auteur sème le doute autour de ce bizarre Thomas, de cette adorable Gabrielle, de notre ami Martin, narrateur de l’histoire mais dont la vision n’est peut-être pas objective…

J’ai été très agréablement surprise par « Mon CV dans ta gueule »… Sans prétention, il nous plonge peu à peu dans un univers complètement loufoque mais qui paraît réaliste, c’est drôle et on meurt littéralement d’envie de voir si nos soupçons s’avèrent vérifiés… Et puis, c’est vrai, quoi… C’est énervant d’avoir fait de longues études studieuses, d’être diplômé et de ne pas trouver de travail en adéquation avec ses qualifications (je suis bien placée pour en parler, croyez-moi !).

Conclusion : à lire sans hésiter, pour la modique somme de 4,28 euros !

Djamilia, Tchinguiz Aïtmatov – traduit par Aragon & Dimitrieva

26 octobre 2006
  • Où l’on découvre le Kirghizstan

Le prénom et la couverture sont attirantes, non ? En tout cas pour les personnes aimant les voyages, la découverte de nouvelles cultures, tout ce qui a un petit goût d’exotisme et nous aide à sortir du quotidien, ce livre est conseillé !

De plus, voilà ce qui est annoncé dans la presse (euh, féminine puisqu’il s’agit d’Elle, en 2002) : « La plus belle histoire d’amour du monde » est l’oeuvre d’un écrivain kirghiz. C’est Aragon, découvreur et co-traducteur de ce roman, qui le dit. Et il a raison. Il faut lire et offrir « Djamilia », courte et immense love story. Emotion et frissons garantis« .

C’est vrai : ce roman fleure bon les steppes du Kirghizstan (à ne pas confondre avec le Kazakhstan, je mets ci-contre une petite carte mémoire !). Le mode de vie des habitants d’un petit village durant la guerre est parfaitement retranscrit. C’est un bol de poésie, d’images de montagnes et de rivières, de chants et de rires.

Djamilia, la jeune femme au cœur de cette histoire, est une force de la nature mais aussi un être fragile et sensible. Son mari est mobilisé à la guerre mais sa belle-famille la traite comme une des leurs. Son jeune beau-frère, narrateur de cette histoire, est secrètement amoureux de Djamilia. Mais c’est ailleurs que celle-ci trouvera son bonheur…

En revanche, bien que co-traduit par Aragon (qui a sans doute garanti la touche poétique), la traduction a conservé trop de mots kirghiz à mon goût. Il faut sans cesse se référer aux notes de bas de pages pour la traduction ou l’explication, cela m’a gênée dans ma lecture (d’autres lecteurs seront sans doute plus indulgents).

Enfin, je ne dirais pas qu’il s’agit là de « la plus belle histoire d’amour du monde » (puisque c’est la mienne, la plus belle ! ;-) je plaisante), mais depuis, de l’amour a coulé sous les ponts et bien d’autres écrivains nous ont offert d’aussi belles (au moins) émotions sentimentales

P.S : contrairement à Elle, je n’ai pas frissonné ! Mais les émotions sont effectivement bien présentes.

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