tamaculture

Le Petit Corps, Corinne Solliec

29 septembre 2006
  • Démon, quand tu nous tiens

Depuis quelques années, la mode est à la minceur, voire à la maigreur. De plus en plus tôt, les adolescentes, parfois encore dans l’enfance, se mettent « au régime ». Et bien souvent, cela tourne mal.

Dans Le petit corps, la souffrance d’une de ces jeunes filles est décortiquée. Estelle a vingt ans et (on le devine) à peine le double de kilos. Son problème n’est pas la nourriture, non, son problème, c’est Alexandre. Voilà deux ans, jeunes amoureux transis à l’avenir prometteur (il travaille, elle entre en fac) emménagent ensemble. Estelle a un « léger » problème : elle a des crises qui l’obligent à se goinfrer de quantités astronomiques de « bouffe », et à se faire vomir juste après. Rusée, elle parvient à cacher sa maladie à son petit ami durant de longs mois. Mais le jour où il comprend qu’elle se détruit à petit feu, il s’énerve, se fâche, pleure, supplie… rien n’y fait, Estelle et sa boulimie sont indissociables. Il pose alors un ultimatum : ils se séparent et il ne « la reprendra » que lorsqu’elle sera guérie. Estelle parviendra-t-elle à surmonter son démon ?

Ce livre m’a touchée car Estelle parle avec des mots crus et réalistes de sa maladie, qu’elle hait et pourtant sans laquelle elle n’arrive pas à vivre. Elle se nomme en s’appelant « le petit corps », comme si ce n’était pas vraiment elle qui vivait mais cette entité indépendante qu’elle ne maîtrise pas. C’est vraiment émouvant, plein de sensibilité et de violence. Une belle découverte.

NB : hier encore, j’ai croisé dans le métro une jeune femme si maigre que ses joues étaient creuses et ses pommettes saillantes, ses bras squelettiques parvenant à peine à porter son sac à main. C’est effrayant et cela mérite que l’on se pose des questions sur les origines des maux qui conduisent de jolies filles à se détruire.

Celui d'en face, Gabrielle Ciam

27 septembre 2006
  • Un autre regard

Le train de 5h50 m’ayant embarqué dans un beau voyage au pays de Gabrielle Ciam, je me suis précipitée (enfin, avec toute la PALitude dont je suis capable) sur son nouveau roman, paru en août : Celui d’en face. Le personnage principal (et on ne peut pas dire qu’il y en ait beaucoup d’autres !) est ici encore une femme. Il faut dire que la plume de G.Ciam leur va bien.

Cette femme vit seule au 3ème étage de son appartement parisien. Durant plusieurs années, elle a passé toutes ses nuits avec un homme, très souvent de passage et plus rarement, avec le même compagnon pour quelques temps. Mais elle s’est lassée de ce défilé masculin et aujourd’hui, c’est sûr, elle « arrête le sexe ». Fini les aventures sans lendemain, stop aux complications amoureuses, la voilà débarrassée de tout cela. Désormais, elle va vivre en solitaire ses nuits comme ses jours et son choix, puisque c’en est un, sera assumé et satisfaisant… A moins que… un regard l’accroche, par là-haut, dans l’immeuble d’en face, alors qu’elle se balade nue (et innocemment) dans son salon (canicule oblige !)… Troublée, va-t-elle renoncer à son désir de solitude ou bien, au contraire, laisser ses sens reprendre le dessus et se laisser aller sans dessous ? A vous de voir en entrant dans l’intimité de Celui d’en face.

Le personnage féminin est parfaitement maîtrisé par l’auteur, la description de ses sentiments et de ses frémissements charnels ont le parfum de l’authenticité… mais je crois que j’ai tout de même préféré Le Train de 5h50… Peut-être qu’il manque un peu de rebondissements dans ce livre qui se lit très vite ? Ou bien j’ai le syndrome du « premier lu, préféré » ? Car je viens d’avoir la même impression pour le second livre lu de D. Foenkinos alors que la découverte du premier m’avait enchantée ! L’attrait de la nouveauté y est certainement pour quelque chose, mais est-ce une règle absolue ? J’espère que ce n’est pas le cas, sinon je suis condamnée à ne lire qu’un ouvrage de chaque auteur !

En cas de bonheur, David Foenkinos

26 septembre 2006
  • A la bonne heure !

  • C’est vrai, quoi, on n’y pense pas mais cela n’est pas facile de vivre le bonheur au quotidien. Les gens sont forcément jaloux. Et puis, boum, le jour où votre vie bascule dans le malheur, ouf, votre entourage est rassuré, voire presque content : vous êtes comme tout le monde, vous avez des problèmes. C’est ce que nous raconte David Foenkinos dans ce livre. Comme dans Le potentiel érotique de ma femme (que j’avais beaucoup aimé), le thème principal tourne autour du couple. Ici, on fait la connaissance de Jean-Jacques, un Parisien marié depuis 8 ans à Claire, avec qui il a une fillette de 5 ans. Ils semblent nager dans le bonheur, aux yeux de leurs proches, mais voilà, ce n’est qu’une apparence. Au fond, la routine a pris le dessus et Jean-Jacques rêve d’autres horizons moins plats, sauf qu’il n’ose pas franchir le pas… jusqu’au jour où…

    On suit donc une histoire « banale » d’adultère, ou plutôt de liaison, avec toutes les souffrances que cela comporte pour celui qui faute et pour l’autre, celui qui subit l’éloignement et l’abus de confiance de la part de son conjoint. Les personnages sont dans l’ensemble bien campés : le mari trompeur, l’ami divorcé coureur mais au fond malheureux, la femme trompée (avec un petit bémol, je ne trouve pas toujours sa façon de réagir très naturelle en tant que femme), la meilleure amie éternelle célibataire, tout ce petit monde imparfait est plutôt bien vu, ainsi que les sentiments propres à chacun, selon sa situation. L’écriture de D. Foenkinos est personnelle et coule facilement, l’humour est présent à différents degrés tout au long du livre.

    Mais l’appel à une agence de détectives privés semble incongrue à mes yeux : cela se pratique-t-il réellement dans la vraie vie ?! Quelques clichés du Potentiel Erotique (le déjeuner dominical chez les beaux-parents, notamment, sans parler de l’emploi de l’expression « potentiel érotique » qui fait une sorte de publicité malvenue à son précédent bouquin) réapparaissent dans ce roman. La fin est un peu à la Walt Disney, mais bon, par ces temps moroses, qui s’en plaindra ? Hélas, je crains que dans la réalité, les choses ne se passent pas du tout de la même manière… C’est là tout l’intérêt de la lecture : nous faire rêver et espérer quoiqu’il arrive ! Je reste sur ma préférence du Potentiel Erotique (peut-être parce que j’ai commencé par celui-là) que je trouve plus décalé et plus drôle, mais En cas de Bonheur est aussi un bon livre pour découvrir cet auteur. Bonne lecture !

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