Mea culpa : j’ai cédé à la curiosité de découvrir le concept de “digital novel”, le roman digital (ou disons interactif). Le principe est simple : on lit un livre qui contient, tous les 2 ou 3 chapitres, un mot-clé. Il faut alors se connecter sur un site internet dédié au livre et entrer ce mot-clé. On visionne alors une vidéo qui prend le relais du récit, sans toutefois être indispensable à la compréhension générale.
Level 26 est un thriller dont le scénario est simplissime. D’un côté, un serial killer hors norme : surnommé Sqweegel, il tue depuis plus de vingt ans sans jamais se faire prendre. Pour lui, le FBI a créé un niveau supplémentaire dans l’échelle du crime : jusqu’alors, les meurtriers étaient classés de 1 à 25 selon leur degré de dangerosité et de folie, mais celui-ci dépasse tout ce que l’on a connu. De l’autre côté, le service des Affaires Spéciales, dotés de supers agents entraînés à affronter le pire. Tom Riggins en fait partie. et lorsque le Ministre de la Défense prend la mouche et décide qu’il est grand temps de mettre fin aux activités monstrueuses de Sqweegel, Tom fait appel à un ancien agent, Dark (pas de raillerie sur son nom, please, ça doit être son côté sombre !) dont la famille a été massacrée quelques années auparavant par ce même tueur. Et zou, c’est partie pour une chasse à l’homme sur près de 375 pages. A noter que l’homme en question s’enduit de beurre de la tête aux pieds pour pouvoir se glisser dans une combinaison intégrale en latex blanc étriquée avant de perpétrer ses crimes. Le but n’est pas, contrairement aux apparences, à ressembler à un préservatif géant, mais bel et bien à ne pas semer la moindre cellule sur les lieux de ses crimes. Trucs et astuces ! Il fallait y penser, hein !
Pour le côté écriture, je vais faire bref : c’est mauvais. J’ai eu l’impression de lire un scénario à peine amélioré. Ah, tiens, il s’agissait en effet d’une base de scénario pour une série télévisée ! Eh bien, à mon avis, cela aurait dû le rester. D’autant que si je me suis prêtée au jeu de l’internet pour les 5 ou 6 premiers mots-clés (et à la première connexion, il faut se créer un pseudo, attendre la confirmation d’inscription par email, etc.), j’ai vite trouvé la gymnastique beaucoup trop contraignante (il faut lire à côté d’un ordinateur connecté à internet, ce qui n’est pas possible pour moi dans le métro ni même dans ma chambre, les endroits où je lis le plus !). Je me suis donc rapidement passée de ces interludes qui se répétaient trop souvent (toutes les 20 pages, ça va vite, vu la pauvreté du style de l’auteur).
Les vidéos, en revanche, sont très bien faites (NB : Anthony E. Zuiker est l’auteur des Experts, série policière qui connaît un succès incontestable aux US comme en France. Bon, je n’ai jamais regardé mais il paraît que c’est bien) . D’une durée variant de 2 à 4 minutes (pour celles que j’ai vues !), elles sont d’un réalisme saisissant, qui m’effraie bien plus que ce que peut produire mon imagination conciliante avec moi-même et qui me permet de lire des horreurs juste avant de dormir. Là, Sqweegel a marqué ma rétine et mon cerveau a eu du mal à l’oublier lorsque la nuit fut venue.
J’en reviens donc à mon constat : cette histoire aurait fait une bonne série, dans le genre de Dexter ou 24H (d’ailleurs, un des acteurs de 24H joue dans les mini-vidéos, lesquelles ont sans doute nécessité un certain budget, pour ne pas dire un budget certain pour un livre !), mais dans le registre bouquin, on peut passer allègrement son chemin (et comme ce n’est que le premier d’une trilogie (my God !), vous économiserez ainsi près de 60 € que dans ma grande bonté, je vous autorise à dépenser dans la librairie de votre choix !).
Ed. Michel Lafon (que je remercie pour m’avoir permis cette expérience littéraire à titre gracieux, mais dont l’accroche publicitaire pour Level 26, à savoir, “une trilogie qui promet de détrôner Millénium”, me fait doucement rigoler dans ma barbe !), janvier 2010, 374 p.