tamaculture

Tout contre, Marie-Florence Gros

6 février 2010

Tout contre Voilà une histoire à double sens. Il y a Andréa, jeune femme cadre qui s’ennuie dans un bureau sans mission : elle avance. Et puis de l’autre côté, il y a Nestor, 37 ans, journaliste : lui recule.

Dans une sorte de mystérieux imbroglio temporel, ces deux personnages se rencontrent, alors que Nestor se fait renverser par un véhicule et qu’Andréa, qui vient d’emménager à l’étage du dessous, a perdu son camion de déménagement et se retrouve avec un seul carton, pas le plus utile ma foi : il est rempli de livres de cuisine (sans les casseroles, là voilà bien avancée !).

C’est un univers étrange dans lequel j’ai eu du mal à m’immiscer, parce que je ne comprenais rien à ces bizarreries et incohérences. Quelques indices distillés ici et là, et puis, des pages intitulées “La vraie histoire de M.V. extrait note x” viennent à nouveau m’embrouiller. Petit à petit, les fils se démêlent, et enfin, on comprend ! Quel soulagement !

Mais même en pleine interrogation, je n’ai pas eu envie d’abandonner ce roman. L’écriture est fraîche, musicale (l’auteure est parolière et interprète, ce qui transparait dans son texte), et puis, c’est une jolie histoire d’amour… Quelques individus étonnants gravitent autour du couple : Julien le fleuriste, Ernest Dumoulin qui sait beaucoup de choses, Alphonse le SDF, Renée la vieille voisine peintre… par petites touches, ils viennent mettre des couleurs dans le tableau. Tout comme quelques objets presque mythiques : l’énorme boîte de Banania en métal et ses 5 kg de thé parfumé, les innombrables pots d’épices chez Nestor, les tulipes

Le tout forme un “sympatypique” premier roman : hardi dans sa construction et très imagé, il se lit donc avec un œil interrogateur et l’autre œil bienveillant !

PS : j’aime la couverture !

Ed. Héloïse d’Ormesson, fév. 2010, 174 p.

Championzé, Eddy Vaccaro & Aurélien Ducoudray

3 février 2010

Championze Qui connaît Battling Siki ? Premier Français champion du monde de boxe, sénégalais, son nom a été effacé des encyclopédies sportives. Les années du début du XXe siècle sont placées sous le signe des colonies, et le racisme ordinaire s'accorde mal avec la négritude du champion…

Plus qu'une destinée hors du commun, Aurélien Ducoudray, dont c'est le premier scénario, et Eddy Vaccaro brossent avec brio le tableau d'une époque. Amadou M'Barick Fall, surnommé Siki, jeune gamin de huit ans, né à Saint-Louis du Sénégal en 1897, vit de peu, de rien. Jusqu'au jour où une riche danseuse hollandaise, de passage dans le pays, décide d'en faire son boy sur scène et l'embarque avec elle pour la France. [...] (extrait de la présentation de l'éditeur)

Même si je ne suis pas plus calée que cela en boxe, je connais quelques grands noms de champions. Et celui de Battling Siki n’avait jamais franchi mes oreilles.

J’ai été effarée d’apprendre, grâce à cette BD inspirée de sa véritable histoire, qu’il était le dernier champion du monde français en date… et cela remonte à 1922 !

Planche ChampionzeBattling Siki est né sous le nom de Baye Fall, à Saint-Louis, ce qui lui a permis d’avoir la nationalité française puisqu’en 1897, le Sénégal était une colonie française (alors que les habitants des villages étaient considérés comme des indigènes).

Son parcours jusqu’en France, ses petits boulots, son début en tant que boxeur, son engagement plus ou moins volontaire dans comme tirailleur durant la Première Guerre Mondiale, la façon dont son titre de champion du monde a failli lui échapper parce qu’il était noir, les insultes raciales qu’il a dû supporter, et son triste destin américain… tout cela m’a impressionnée, indignée, émue.

Battling SikiLes dessins crayonnés en noir et blanc permettent de se mettre dans l’ambiance de l’époque et la mise en page variée est percutante.

Les dessins crayonnés en noir et blanc permettent de se mettre dans l’ambiance de l’époque et la mise en page variée est percutante.

Cette histoire retrace plus que l’histoire d’un boxeur injustement tombé dans l’oubli, c’est aussi une piqûre de rappel d’une Histoire pas si lointaine aux pratiques peu glorieuses en matière d’égalité des hommes, en dépit d'une Déclaration des Droits de l’Homme déjà plus que centenaire à l’époque…

A lire, pour l’histoire et l’Histoire.

Photo : le véritable Battling Siki. Impressionnant, non ?

Ed. Futuropolis, jan. 2010, 128 p.

Fume et tue, Antoine Laurain

29 janvier 2010

Fume et tue Evidemment, mon billet passe après ceux de nombreuses autres lectrices, subjuguées depuis deux ans par le charismatique Fabrice Valantine (ou par le bel Antoine Laurain ? ;-). Je vais donc m’en tenir à un résumé succinct de l’intrigue pour m’attarder sur mes impressions personnelles.

Fabrice Valantine est chasseur de têtes dans un cabinet géré "à l’ancienne" par son PDG fondateur. Il est marié (et heureux !), a une fille étudiante, et gagne bien sa vie. Une seule ombre entache sa vie (et probablement ses dents !) : c’est un fumeur invétéré. Sur l’insistance de son épouse, il va voir un hypnotiseur qui l’aide facilement à se débarrasser de cette sale manie. Cependant, alors qu’un triste accident se produit (le PDG de sa boîte meurt d’une crise cardiaque), il ressent le besoin de fumer. Malheur : cette cigarette post-hypnose ne lui procure aucun plaisir, ni aucune des suivantes ! Il découvrira accidentellement que seul le fait de tuer rendra à la cigarette son goût d’antan, constat qui va lancer sa carrière de meurtrier.

Cette idée originale a été bien exploitée par son auteur. Fabrice Valantine est le narrateur d’un récit au présent, créant ainsi dès le départ un sentiment de rapprochement avec le lecteur. Il nous devient même assez inexplicablement sympathique, alors qu’il n’a rien du héros beau, fort et sexy. La première partie est plutôt longue (d’autant que le titre laisse immédiatement deviner l’intrigue !) mais permet de mettre en place tous les éléments - à la fois environnementaux et psychologiques - qui serviront judicieusement la suite de l’histoire (je pense notamment au hobby de Fabrice) en s’imbriquant parfaitement.

La seconde partie est ma préférée : plus d’action et de suspense ! A ce propos, je comprends parfaitement le choix du titre pour son jeu de mots, mais il ne correspond pas aux faits décrits dans le roman, qui seraient plutôt : Tue et Fume… (évidemment, le jeu de mots tombe à l’eau…). A ce propos, le style de l’auteur est agréable et adroitement saupoudré d’humour (si on lui pardonne le titre du roman, ce que je fais bien volontiers tant il m’a divertie).

Je termine par une confidence : bien que je sois non-fumeuse et la première à râler lorsque je me retrouve enfumée à "l’insu de mon plein gré", la volupté et les effets complaisamment décrits (au long de 279 pages !) d’une bouffée de fumée de cigarette m’ont presque donné envie d’en griller une !!!

Merci à Brize pour le prêt, c’est un livre voyageur qui est maintenant chez Chiffonnette !

Les avis d’Anne, Cathulu, Cuné, Fashion, Joëlle, Katell, Lily, Lou, Michel, Papillon

Ed. Le Passage, jan. 2008, 279 p.

Level 26, Anthony E. Zuiker

26 janvier 2010

Level 26 Mea culpa : j’ai cédé à la curiosité de découvrir le concept de “digital novel”, le roman digital (ou disons interactif). Le principe est simple : on lit un livre qui contient, tous les 2 ou 3 chapitres, un mot-clé. Il faut alors se connecter sur un site internet dédié au livre et entrer ce mot-clé. On visionne alors une vidéo qui prend le relais du récit, sans toutefois être indispensable à la compréhension générale.

Level 26 est un thriller dont le scénario est simplissime. D’un côté, un serial killer hors norme : surnommé Sqweegel, il tue depuis plus de vingt ans sans jamais se faire prendre. Pour lui, le FBI a créé un niveau supplémentaire dans l’échelle du crime : jusqu’alors, les meurtriers étaient classés de 1 à 25 selon leur degré de dangerosité et de folie, mais celui-ci dépasse tout ce que l’on a connu. De l’autre côté, le service des Affaires Spéciales, dotés de supers agents entraînés à affronter le pire. Tom Riggins en fait partie. et lorsque le Ministre de la Défense prend la mouche et décide qu’il est grand temps de mettre fin aux activités monstrueuses de Sqweegel, Tom fait appel à un ancien agent, Dark (pas de raillerie sur son nom, please, ça doit être son côté sombre !) dont la famille a été massacrée quelques années auparavant par ce même tueur. Et zou, c’est partie pour une chasse à l’homme sur près de 375 pages. A noter que l’homme en question s’enduit de beurre de la tête aux pieds pour pouvoir se glisser dans une combinaison intégrale en latex blanc étriquée avant de perpétrer ses crimes. Le but n’est pas, contrairement aux apparences, à ressembler à un préservatif géant, mais bel et bien à ne pas semer la moindre cellule sur les lieux de ses crimes. Trucs et astuces ! Il fallait y penser, hein !

Pour le côté écriture, je vais faire bref : c’est mauvais. J’ai eu l’impression de lire un scénario à peine amélioré. Ah, tiens, il s’agissait en effet d’une base de scénario pour une série télévisée ! Eh bien, à mon avis, cela aurait dû le rester. D’autant que si je me suis prêtée au jeu de l’internet pour les 5 ou 6 premiers mots-clés (et à la première connexion, il faut se créer un pseudo, attendre la confirmation d’inscription par email, etc.), j’ai vite trouvé la gymnastique beaucoup trop contraignante (il faut lire à côté d’un ordinateur connecté à internet, ce qui n’est pas possible pour moi dans le métro ni même dans ma chambre, les endroits où je lis le plus !). Je me suis donc rapidement passée de ces interludes qui se répétaient trop souvent (toutes les 20 pages, ça va vite, vu la pauvreté du style de l’auteur).

Les vidéos, en revanche, sont très bien faites (NB : Anthony E. Zuiker est l’auteur des Experts, série policière qui connaît un succès incontestable aux US comme en France. Bon, je n’ai jamais regardé mais il paraît que c’est bien) . D’une durée variant de 2 à 4 minutes (pour celles que j’ai vues !), elles sont d’un réalisme saisissant, qui m’effraie bien plus que ce que peut produire mon imagination conciliante avec moi-même et qui me permet de lire des horreurs juste avant de dormir. Là, Sqweegel a marqué ma rétine et mon cerveau a eu du mal à l’oublier lorsque la nuit fut venue.

J’en reviens donc à mon constat : cette histoire aurait fait une bonne série, dans le genre de Dexter ou 24H (d’ailleurs, un des acteurs de 24H joue dans les mini-vidéos, lesquelles ont sans doute nécessité un certain budget, pour ne pas dire un budget certain pour un livre !), mais dans le registre bouquin, on peut passer allègrement son chemin (et comme ce n’est que le premier d’une trilogie (my God !), vous économiserez ainsi près de 60 € que dans ma grande bonté, je vous autorise à dépenser dans la librairie de votre choix !).

Ed. Michel Lafon (que je remercie pour m’avoir permis cette expérience littéraire à titre gracieux, mais dont l’accroche publicitaire pour Level 26, à savoir, “une trilogie qui promet de détrôner Millénium”, me fait doucement rigoler dans ma barbe !), janvier 2010, 374 p.

La Pierre de Lune, Wilkie Collins

23 janvier 2010

Pierre de Lune Cela faisait longtemps que je me promettais de lire ce livre qui est considéré comme le premier roman policier anglais (il fut publié en 1868), même si à l’époque, on appelait ce genre “roman à sensation”.

Ce n’est pas tant l’intrigue qui est intéressante que la manière dont le récit est mené. Il s’agit d’une sorte de roman épistolaire à plusieurs voix : différents personnages prenant part aux événements vont raconter, chacun dans une longue lettre, le déroulement des scènes qu’ils ont vécues. Le premier à prendre longuement la plume est Betteredge, le vieux serviteur de la famille Verinder, qui possède un domaine dans la campagne anglaise. On apprend ainsi comment un oncle de la famille, qui, lors d’un assaut militaire dans une petite ville des Indes (alors colonies britanniques), déroba dans un musée diamant jaune extraordinaire par sa taille et par les pouvoirs divins que lui conféraient les brahmanes (indiens appartenant à une caste supérieure qui interprétaient les pensées des dieux). A la mort de ce parent, c’est l’unique jeune fille de la maisonnée, Rachel, qui doit en hériter à l’occasion de son anniversaire. Evidemment, la Pierre de Lune, comme est surnommé le diamant, disparaît dans des circonstances inexplicables, et le Sergent Cuff, éminence grise de Scotland Yard, vient mener l’enquête au milieu de la famille et des serviteurs, bousculant ainsi toute la maisonnée.

Les personnages sortent de l’ordinaire : le vieux Betteredge est pris d’une fièvre policière et seconde hardiment le sergent Cuff. Il ne se sépare jamais de sa vieille édition de Robinson Crusoë, véritable bible qui répond à ses interrogations en toutes circonstances. Le sergent souffre d’une passion pour les roses qui l’amène à des discussions animées avec le jardinier. Miss Clarck, vague nièce de Milady, est une vieille fille dévote qui ne désespère jamais de convertir son prochain… On y découvre également un médecin ayant recourt à l’opium : les effets secondaires de cette drogue sont d’autant mieux décrit que l’auteur souffrait lui–même de cette addiction.

Tout cela est assez jubilatoire pour le lecteur, d’autant que l’écriture victorienne de ce roman, riche et surannée, est un délice pour l’esprit. Wilkie Collins était d’ailleurs un contemporain et ami de Charles Dickens avec lequel il collaborait, notamment pour la publication de feuilletons à suspense dans des magazines.

C’est par conséquent avec conviction et enthousiasme que je recommande la lecture de La Pierre de Lune à tout amateur de roman policier mais aussi de littérature victorienne : c’est un récit qui prend le temps de camper les personnages et les petits événements de la vie quotidienne avec un humour typiquement british !

PS : petit grognement : mon exemplaire acheté chez Gibert m’a réservé une mauvaise surprise : à trois reprises, une page avait été arrachée du livre et j’ai donc peut-être manqué des indices capitaux ! Sans blague, c’est hyper désagréable d’être ainsi privée d’une partie (même minime) d’un livre ! Voilà un risque inhérent aux occasions…

Ed. du Masque, 2003, 570 p.

Les silences du chat, Claire d’Aurélie & Fred Sochard

19 janvier 2010

Silences du chat C’est l’histoire, non pas d’un rat de bibliothèque, mais d’un chat de librairie. Ou plutôt, d’un chat libraire. “Ne soyez pas étonnés. Les chats ont souvent un métier. C’est d’ailleurs grâce à eux que certains métiers n’ont pas disparu et qu’il y a encore de bons libraires.” (p. 1)

Pour qui aime les chats, on en apprend de belles :

Croyez-vous que c’est par hasard, en jouant, que votre chat a allumé votre transistor justement réglé sur France Culture ?”.

Lorsqu’un chat libraire fait une sieste, c’est qu’il a lu un texte trop ardu ou ennuyeux. Celui-ci, par exemple, faisait une sieste chaque fois qu’il tentait de lire François Sourissier : il ne le supportait pas.”

Je ne vais pas vous raconter toute l’histoire de ce chat libraire qui lisait la nuit pour aider le libraire à conseiller ses clients le jour. Ledit libraire, cet ingrat, en vint à jalouser le chat : bien mal lui en prit…

Ce très court conte moderne et amusant de Claire d’Aurélie est joliment illustré (à l’encre ou fusain, je ne suis pas très savante sur le sujet !) par Fred Sochard (connu en tant qu’illustrateur jeunesse). J’ajoute que ce chouette livre est publié par une petite maison d’édition : Paupières de terre, et il est accompagné d’un marque page assorti, la classe ! Dommage, je n’ai trouvé ni leur site internet, ni même de photos de la couverture de ce livre, que j’ai dû photographier moi-même (non, mais, franchement, ma bonne dame, ce qu’il ne faut pas faire en 2010 !!! I dont know)

Parfait pour les amoureux des chats dès qu’ils savent lire, et bien sûr, chat-leureusement recommandé par nos amis chats libraires !

Ed. Paupières de terre, réédition nov. 2009, 48 p.

 

Ecorces de sang, Tana French

15 janvier 2010

Ecorces de sang Parce que j’avais aimé Comme deux gouttes d’eau, j’ai décidé de lire le premier thriller de Tana French, auteure irlandaise – comme son nom ne l’indique pas.

Le prologue nous envoie dans les années 70, dans un lotissement à quelques kilomètres de Dublin, où trois enfants d’une dizaine d’années profitent d’un été radieux en jouant dans les bois jouxtant les habitations. Un drame inexplicable se produit, et un seul enfant survit.

Nous revoilà dans le présent. Rob Ryan est flic, du genre plutôt torturé… On le serait à moins : c’est lui, le survivant. Lorsque le cadavre d’une petite fille est retrouvé sur un chantier d’archéologie, à quelques pas des bois où il jouait enfant, les fantômes du passé ressurgissent et Ryan va s’acharner à trouver la vérité, quel qu’en soit le prix. Il est aidé en cela par une nouvelle arrivée dans le service, l’inspectrice Cassie Maddox, jeune femme efficace et intelligente, au caractère bien trempé. Ils forment un duo de choc qui petit à petit, va se fissurer au fur et à mesure que l’inspecteur Ryan s’impliquera personnellement dans le cas qui les occupe, au risque de briser le secret de sa véritable identité, qu’il a toujours cachée depuis qu’il est entré dans la police…

Des ingrédients plutôt classiques pour un polar : des personnages sympathiques sans être exceptionnels, des fausses pistes suffisamment nombreuses pour tenir le lecteur en haleine,  l’impression de vivre en plein cœur de l’enquête, quelques mesures de passion bien dosées auxquelles s’ajoute une part importante d’analyse psychologique font d’Ecorces de sang un roman policier fort divertissant, qu’on ne lâche pas avant la fin, à l’écriture agréable, qui plus est. J’ai toutefois préféré le quasi- huis clos de son second roman cité en introduction, peut-être parce que le personnage de Cassie, plus charismatique que celui de Rob Ryan, a le premier rôle et qu’un aspect non élucidé dans celui-ci m’a laissée sur ma faim.

Les avis de : Cathulu, Cuné, Kathel, Lily, Fashion, Caro[line] et tant d’autres !

Ed. Points, juin 2009, 565 p.

Le baby-sitter, Jean-Philippe Blondel

8 janvier 2010

baby sitter Alex est un étudiant “ordinaire” : c’est un grand jeune homme pas vraiment charismatique mais que ses camarades apprécient en général et qui, sans être un tombeur, a une petite amie attitrée. A 19 ans, il est content d’acquérir un peu de liberté en vivant seul dans un studio. Sa mère n’est pas riche et il doit par conséquent trouver un job pour compléter ses revenus, les salaires estivaux n'y suffisant pas. Il dispose une petite annonce dans sa boulangerie de quartier : il souhaite soit donner des cours, soit garder des enfants. La boulangère s’étonne : “C’est vous, le baby-sitting ? … Eh ben, c’est pas courant, pour un garçon, je veux dire.”

Et puis finalement, c’est elle, la boulangère, qui lui donne son premier job de baby-sitter. Comme cela se passe mieux que prévu et son métier favorisant la diffusion rapide des ragots comme des bons plans, la boulangère lui fait de la pub et Alex reçoit bientôt plusieurs demandes de parents en mal de sorties. Ainsi, il entre dans l’intimité de familles et devient parfois le confident ou le témoin de drames [aparté : Cher Auteur, je vous prie de bien vouloir supprimer de vos prochains romans un certain fait qui s’était déjà produit dans Passage du Gué et qui m’avait grandement contrariée. Par pitié, cessez de faire saigner mon cœur !Broken heart Confused].

Ce roman est, comme souvent chez J.P. Blondel, plein de sensibilité et d’humanité. Les personnages prennent vie sous sa plume et on s’attendrait presque à les croiser au coin de la rue. Ils sont à la fois communs et décrits avec suffisamment de tendresse et d’intérêt pour leur psychologie pour qu’en dépit de leurs défauts (qui n’en a pas ?), on s’attache à eux. J’ai aimé passer quelques heures avec Alex, me rappeler certains moments de ma vie d’étudiante et attraper au détour d’une page quelques jolies phrases comme celles-ci qui sortent du cœur de Catherine, la maman d’Alex, quand elle voit débarquer son fils à l’improviste : “Alex, c’était à la fois son cadeaux d’anniversaire, son Noël et ses étrennes à lui tout seul. C’est ça, avoir un enfant. Se sentir vide et inutile – et, l’instant d’après, être plein. Une plénitude à craquer. C’est ce qu’elle fait, Catherine, dans les bras d’Alex. Elle craque.”

A votre tour : craquez pour ce baby-sitter !

Les avis de : Cuné ; Amanda ; Leiloona ; Keisha ; Thomas

Ed. Buchet Chastel, janvier 2010, 298 p.

Un roman russe, Emmanuel Carrère

6 janvier 2010

roman russe Voici ma première lecture de cette année.

Il s’agit d’un roman que j’avais acheté et fait dédicacé par l’auteur au Salon du Livre de Paris… de mars 2007 ! Comme quoi, il ne faut jamais désespérer…

L’auteur romance dans Un roman russe une partie de sa propre histoire. Doté d’un grand-père fantôme, ayant quitté sa Georgie natale au début des années 20 pour la France et disparu en 1944, Emmanuel décide de suivre les traces d’un survivant hongrois de la 2nde Guerre Mondiale retrouvé dans un hospice d’une petite ville perdue dans la campagne russe. Il espère ainsi, peut-être, exorciser un secret de famille honteux. Accompagné d’un caméraman, d’un preneur de son et d’un traducteur, Emmanuel va à la rencontre des habitants de Kotelnitch. Les Français sont touchés par la misère des gens et la survivance de coutumes administratives telles qu’elles étaient pratiquées à l’époque du KGB. A ce premier voyage où il ne se passe pas grand-chose, en dehors de beuveries et de discours bien rôdés, en succèderont d’autres, au fil des rencontres avec des personnages attachants ou étonnants et des événements qui ne manqueront pas de se produire.

En France, Emmanuel vit avec une femme, Sophie, qu’il aime mais dont il a parfois honte des origines, du comportement ou du métier. Celle-ci l’aime en retour mais souffre des humeurs de son homme. Alors qu’il se décide enfin à lui prouver son amour par presse interposée, Sophie décide de s’isoler durant un week-end, ce qui conduira à de sérieuses complications dans leur relation…

Comme vous l’aurez peut-être compris au travers de ce qui précède, ce roman est particulièrement intime (il va jusqu’à donner son adresse email !). J’ai eu parfois l’impression, en le lisant, de faire preuve d’indiscrétion, d’entrer dans la vie de cet homme et d’y apprendre davantage que ce que j’aurais souhaité. C’est dire si l’auteur est sincère : il se met à nu et ne se voit pas d’un œil complaisant, bien au contraire. Mais il faut croire qu’écrire, que mettre sur papier la douleur et les contradictions humaines l’aide à avancer et à se débarrasser de choses trop lourdes à porteur seul. Une autofiction réussie, donc !

Ed. P.O.L., mars 2007, 357 p. (sorti en poche en 2008)

V’indice !

1 janvier 2010

 Bonne annee EH OUI, ça y est ! Nous sommes en vingt dix !

Je souhaite à chacun d’entre vous une bonne MERVEILLEUSE ANNEE 2010 !

Que vos PAL vous apportent d’inoubliables moments de lecture et de nombreuses découvertes !

Que vos blogs s’épanouissent dans la joie et la bonne humeur !

Pour faire bonne mesure, j’ajoute les traditionnels : bonne santé, prospérité et bonheur (on n’est pas à l’abri d’un tiercé gagnant !).

Bien bloggeusement à vous,

Tamara

crédit photo : Mister T.

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