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Les derniers flamants de Bombay, Siddharth Dhanvant Shanghvi

25 août 2010

derniers flamants de Bombay Ce roman est un drame qui se déroule en trois actes, sur un fond de toile indienne, vers le milieu des années 80.

Premier Acte

Karan, jeune photographe talentueux, a quitté sa province natale pour rejoindre Bombay, ville qui l’attire comme un aimant et qu’il veut photographier sous toutes ses facettes. Il rencontre par hasard une femme au charme un peu mystérieux, Rhea, qui va le guider à travers les vieux quartiers (notamment pour dénicher un fornicateur de Bombay, espèce en voix de disparition…). Karan travaille pour le magazine India Chronicle, et croule sous les commandes. Son chef lui demande d’aller photographier Samar Arora, pianiste précoce au succès international, qui a mis fin à sa carrière voilà trois ans, à l’âge de vingt-cinq ans. Dans la belle demeure de Samar, Karan va faire la connaissance de Zaira, star à la mode du cinéma bollywoodien, et de Leo, auteur et critique américain et amant de Samar. Une alchimie va se créer entre ces personnages, malgré leurs différences, et ils vont se revoir à de nombreuses reprises, s’aimer, rire et s’amuser, jusqu’à cette terrible soirée dans un bar où un fils d’homme politique véreux commet un assassinat.

Deuxième Acte

La mort d’une personne célèbre crée toujours un émoi parmi la population, mais cette réaction est décuplée lorsqu’il s’agit d’une mort violente, comme c’est le cas ici. Et dans une Inde où la corruption est monnaie courante (si j’ose dire), la condamnation d’un meurtrier qui a tué une personne sous les yeux de plusieurs témoins n’est pas évidente, surtout lorsque le coupable a “des relations”. Le procès très médiatisé restera sans suite, et cette injustice va détruire les protagonistes de ce roman, chacun provoquant son autodestruction d’une manière ou d’une autre. Karan abandonne la photographie.

Troisième Acte

Nouveau drame. Cette fois, Karan part pour Londres, où il devient professeur. Il rencontre une gentille fille, mais après quelques années, il ressent l’appel de Bombay, son ancienne maîtresse. On retrouve les survivants de cette histoire. Ils ont vieillis, certains sont malades, et tous ont perdu la foi artistique qui les habitait. Que reste-t-il, alors ? Même les flamants roses ont disparu. Enfin, presque disparu. Et cela fait toute la différence.

Rideau

J’ai apprécié ce premier roman parce que l’auteur a su recréé une ambiance, celle d’une Inde fourmillant de gens, d’activité, de scandales, de cancans, d’odeurs de curry et autres saveurs, d’objets insolites, de lieux magnifiques, de pauvreté et de stars… Bref, un monde coloré et hétéroclite très dépaysant. Par ailleurs, l’auteur a mis en place une galerie de personnages dont il a su extraire la moelle : de leurs pensées et de leurs sentiments, rien ne nous échappe, en grande partie grâce à la fréquence des dialogues.

Ainsi : « Quand le soleil se retirait de l’horizon, laissant la place à la nuit qui se renforçait, la douleur du monde l’envahissait hardiment, prenait d’assaut sa blessure, chassait sa solitude. Cette blessure scintillait dans ses yeux, l’animait pendant un bref instant. » (p. 389)

L’amour et l’art sont les deux sujets principaux du roman, mais la mentalité de l’époque et les mœurs de la société sont également bien retranscrits par la plume précise et limpide de Siddharth Dhanvant Shanghvi (ouh là, et s’il prenait un pseudo ?! ;-) ).

Et pour clôturer le tout, l’humour fait d’inattendues et succulentes apparitions :

« Lorsqu’il était nerveux, le ministre Chander Prasad avait l’habitude de se gratter si sauvagement les bourses que ses morpions en avaient des orgasmes à répétition » (p. 240)

« Le ministre Prasad était peut-être une vieille mauviette velue, mais, s’il était allé loin dans la vie, ce n’était pas pour rien. » (p. 259)

A propos de la littérature indienne (p. 381) : « Leo déplorait que la prose fût à la fois tapageuse et empruntée. « C’est du style atelier d’écriture en surrégime. » Zaira déclara que l’auteur ne faisait qu’exploiter un filon, que cette femme avait réappris l’alphabet dans un cours intensif chez Exotica 101 : A pour « mariage arrangé », B pour « femme battue », C pour « colonisation ». S’excitant tout à coup, Samar fit une grande déclaration à l’emporte-pièce : les romans indiens ne valaient rien. « On les dirait sortis de la quasi-foufoune d’une drag queen autobaptisée Lady Epique. » « 

 

 

Ed. des Deux Terres, août 2010, 469 p.

 

Le prédicateur, Camilla Läckberg

12 août 2010

le predicateur On retrouve dans Le prédicateur l’écrivaine Erica Falck dont on avait fait la connaissance dans La Princesse des glaces.

Elle prend cependant une part beaucoup moins active à l’histoire, pour la bonne et simple raison qu’elle est enceinte jusqu’aux yeux et qu’il n’est pas facile de suivre discrètement la piste d’un tueur lorsqu’on ressemble à une montgolfière (déjà qu’on ne peut plus se vernir les ongles des pieds…).

C’est donc son compagnon, Patrick, inspecteur au poste de Fjällbacka, que l’on va suivre au long de cet été caniculaire. Le corps d’une jeune femme est retrouvé sur les rochers surplombant la falaise. Chose surprenante, son corps recouvre les ossements de deux autres femmes, qui, on l’apprendra vite, ont été tuées vingt ans plus tôt.

Il se passe beaucoup de choses, cet été-là, dans la petite ville balnéaire. Trop au goût des touristes, qui s’en vont voir ailleurs si les crimes sont moins rouges.

C’est donc un deuxième tome assez sympathique, dont l’intrigue basée sur une sombre histoire de famille nous tient en haleine jusqu’au bout, d’autant que l’auteur agrémente ce parcours policier de petites touches plus personnelles sur la vie d’Erica, qui mène ses propres combats : sus à la famille et aux amis qui s’invitent chez vous l’été parce que vous avez une maison en bord de mer et qui ne vous connaissent pas le reste de l’année ! D’autres personnages sont réapparaissent ou sont mis en avant, comme Anna, la sœur d’Erica, et quelques collègues de Patrick que j’espère retrouver dans le volume suivant (Le Tailleur de pierre).

Ed. Actes Sud, mars 2009, 375 p.

Indomptable Angélique, Anne & Serge Golon

3 août 2010

indomptable angelique Ca y est, je suis revenue de vacances ! Nan, c’te blague. C’est juste que j’ai laissé moisir mon blog pendant dix jours parce que j’avais une grosse flemme en voyant partir successivement les collègues en vacances, alors que moi, je dois encore attendre l’ami Hou !

A présent, rembobinez vos souvenirs jusqu’en juin 2007 (ah, je sais, on était jeunes, beaux et innocents, à l’époque !). Fashion lançait alors la Saga de l’été : autrement dit, l’ancêtre des Harlequinades. Le principe : lire une saga de son choix (ô Bloggocratie, où es-tu donc passée ?!) durant l’été. J’avais choisi la série des Angélique, marquise des anges, parce qu’on m’avait soufflé dans l’oreillette que c’était plein d’amour, d’aventures, de moments torrides et de drames épouvantables (voire dramatiques !), et bien sûr, de sexy men.

Et, je dois l’avouer, je me suis prise au jeu et j’en ai lu trois d’affilée. Il a fallu trois ans à mon petit cœur de beurre pour se remettre à palpiter à un rythme normal, et le moment est enfin venu : je viens de finir le tome 4 de la saga : Indomptable Angélique.

Dans cet opus, la belle marquise réussi à échapper à la vigilance de la police parisienne (Louis XIV lui ayant interdit de sortir de la ville, pour des raisons expliquées dans le tome 3 (voyez comme je m’auto-linke impunément !)), et elle parvient à Marseille où elle séduit un homme qui l’embarque sur sa galère, en direction de Candie (ne me demandez pas à quelle île de Méditerranée cela correspond, vous seriez bien aimables), dans l’espoir de retrouver la trace de son premier mari, Joffrey de Peyrac (celui qui a péri sur le bûcher à la fin du tome 1). Pour une galère, c’en fût une, vu qu’elle se fait alpaguer par des pirates, qu’elle échoue sur une île, qu’elle se fait sauver et embarque dans un plus petit bateau, qu’elle atterrit à nouveau chez des esclavagistes qui l’engraissent et surtout, lui lavent les cheveux gâtés par l’eau de mer (spéciale dédicace à Erzébeth).

- Attention, spoilers dans le paragraphe suivant entre crochets (qui ont en fait pour but de me servir de mémoire lorsque je m’attaquerai au tome 5 dans quelques années) –

[Après cela, Angélique passe de mains en mains, le Rescator, cet énigmatique (!) pirate masqué qui sillonne les mers sans faire commerce d’esclaves, mais uniquement de métaux précieux, la rachète pour 35.000 piastres (soit le prix de 2 vaisseaux et leur équipage), mais la sauvage Angélique s’échappe (c’est un peu sa spécialité dans ce tome 4), se retrouve prisonnière dans un harem, où elle s’empiffre de pâtisseries marocaines en attendant d’être présentée à son futur mari, le tyrannique et cruel souverain, Moulay Ismaël. Mais là, un nouveau retournement de situation totalement inattendu se produit (allez, tous en chœur) : Angélique s’… !]

Bref, ce quatrième roman de la saga tient largement ses promesses : de l’aventure, en veux-tu, en voilà, des sexy men (je pose cependant un bémol : ils sont pour la plupart sales, puants, grossiers et bourrés de cicatrices, mais bon, finalement, il y n’y a guère de différence avec Louis XIV !) qu’Angélique manipule à sa guise (mais parce qu’elle est en quête de son Grand Amour !), des évasions plus ou moins réussies, d’horribles massacres, des tortures, des sentiments et des loukoums.

De quoi faire palpiter de nouveau mon cœur de midinette jusqu’à l’été prochain ! Et pour finir, ce que vous attendez toutes (ne niez pas, Mesdames !) :

La minute Harlequin (extrait p. 95)

“A cet amant de passage, Angélique sut dispenser toute sa science. Elle s’était juré de se l’attacher et le gentilhomme, viveur blasé, n’était pas de ceux qu’une étreinte passive eût contenté. Tour à tour câline, rieuse et soudain comme inquiète, un peu farouche, elle s’abandonnait, puis devant une exigence nouvelle, se dérobait, et il devait la supplier tout bas, la convaincre, mourant d’impatience.
- Est-ce sage ? disait-elle.
- Pourquoi serions-nous sages ?
- Je ne sais pas… Nous ne nous connaissions pas hier… à peine.”

Quelle coquinette, cette Angélique, tout de même !

Special thanks : à Caro[line], qui m’a prêté son exemplaire de Prisunic à 34,20 Frs (un exemplaire historique !).

Ed. J’ai Lu, sept. 1976 (nombreuses rééditions), 718 p.

Les après-midi, ça devrait pas exister – Fabienne Jacob

23 juillet 2010

les pm ça devrait pas exister Difficile de résumer ces onze nouvelles, d’autant qu’elles ne traversent que quelques pages en notre compagnie. Un thème, peut-être, peut les regrouper : la solitude. A moins que ce ne soit l’humanité.

Une fille qui traverse la ville à la recherche du fruit parfait qu’elle ira donner à la petite cuillère à son père hospitalisée.
Une vieille dame, rongée par l’ennui, qui appelle des gens au hasard pour avoir un peu de compagnie.
Une étrangère, qui, par sa dignité, impose le respect au public hétérogène et bruyant d’un parc municipal.
Une amante abandonnée dans un VVF (moi j’appelle ça un “plan lose” !).

Des femmes, essentiellement, dont l’auteur décrit une tranche de vie avec des mots soigneusement choisis, des mots sages, touchants, musicaux, qui créent des scènes intimistes que l’on ne fait qu’effleurer l’espace d’un après-midi.

PS : sondage sur le titre : qui, comme moi, est pris d’une irrépressible envie de coller un “s” à après-midi (même si le dictionnaire l’interdit !) et un “ne” après ça ?! Mais l’auteur (que j’ai eu le plaisir de rencontrer grâce aux éditions Buchet/Chastel), a délibérément choisi un titre en “langage parlé”, so let it be

Ed. Buchet/Chastel, fév. 2004, 120 p.

Tamara Drewe, Stephen Frears

21 juillet 2010

Tamara Drewe Un petit clin d’œil à mon homonyme de prénom pour vous dire que j’ai aimé suivre ses aventures champêtres dans ce qu’on peut appeler le Trifouillis-les-oies britannique.

Tamara, jolie journaliste de vingt-cinq ans (Gemma Arterton, ex James Bond girl), y débarque pour retaper la maison familiale laissée à l’abandon après le décès de sa mère. Elle retrouve quelques têtes connues et ne manquera pas de faire des ravages dans les cœurs et de troubler les petites habitudes des villageois, pour le plus grand bonheur de deux adolescentes en mal de distractions…

Plusieurs points m’ont parfaitement convaincue de la qualité de ce film :

- la personnalité de Tamara, jeune femme indépendante qui prend sa revanche sur un visage qu’elle trouvait ingrat lors de son adolescence. Pleine d’énergie, elle fait ce qu’elle veut quand elle veut, même si elle ne sait pas trop ce qu’elle veut, justement…

Ados britanniques qui s'enquiquinent grave

 

 

- le duo d’adolescentes qui inventent bêtise sur bêtise pour tromper leur ennui… jusqu’à ce que les conséquences de leurs inventions dépassent légèrement les effets prévus !

- l’échantillon d’écrivains (ou “wanna be” !) qui viennent chercher l’inspiration au milieu des vaches est assez cruel mais tordant !

 

 

Andy

 

et surtout :

- les trois premières minutes du film (Mesdames, je ne dirais qu’une chose : (And)hiiiiiiiiiiiiiiii !)

 

Une comédie bucolique légèrement dramatique mais fort amusante, avec un soupçon de morale, voilà de quoi passer agréablement deux heures de son temps, foi de Tamara !

Crédit photos

Deux aventures de Sherlock Holmes, Conan Doyle

17 juillet 2010

two adventures Un défi dont je ne suis pas peu fière, malgré sa modestie : j’ai enfin lu en V.O. ! J’ai choisi, pour ce faire, une édition bilingue et surtout, un personnage que j’adore et dont j’ai lu toutes les aventures (il y a longtemps) pour me faciliter la tâche.

The adventure of the Speckled Band, connue en France sous le titre de La bande mouchetée, est une sombre affaire d’héritage qui implique une jeune femme terrorisée et un beau-père violent et dérangé. L’enquête a lieu alors que Watson et Holmes viennent d’emménager ensemble au 221 B, Baker Street. Le Dr Watson, qui raconte le récit bien des années après les faits, était alors tout à fait intrigué de la façon extraordinaire dont son colocataire résolvait les problèmes qu’on lui soumettait : examens des murs, des taches sur les doigts de ses visiteurs, d’usure des manches… et donc le fameux pouvoir de déduction dont il faisait grand usage était encore tout nouveau aux yeux de ce bon docteur. Le seul hic est que je me souvenais parfaitement – la mémoire est une petite chose polissonne, elle ne retient que ce qu’on voudrait qu’elle oublie ! – du mystère, ce qui enlève le sel de l’histoire.

Ce n’était pas le cas, en revanche, de The Three Students (Les trois étudiants), dans laquelle Sherlock Holmes intervient à la suite de la disparition du document sur lequel figurent les questions de l’examen de fin d’année d’une prestigieuse université. Il doit résoudre cette énigme avec célérité, les examens ayant lieu le lendemain. Comme le laisse présumer le titre, trois étudiants sont impliqués dans l’affaire… J’ai particulièrement aimé cette enquête, le cadre de ses vieux murs, et la manière dont Sherlock met en œuvre son talent d’enquêteur de terrain tout en déduisant des indices les faits qui ont dû se produire (la fameuse “science de la déduction”, qui était à l’époque à ses prémices).

Réflexion sur la lecture en V.O.S.T.

La version bilingue présente un avantage mais aussi un inconvénient. Le dictionnaire intégré en bas de page permet d’avoir un accès immédiat aux mots ou expressions qui nous posent problème durant la lecture, ce qui constitue un gain de temps. Cependant, lorsque trop de mots sont inconnus ou lorsque les tournures à l’ancienne rendent la compréhension difficile, on est vite tenté de lire la page de droite qui comporte la traduction française. Et là, on se dit que quand même, c’est drôlement bien écrit en français, alors qu’en anglais, bof, il y a tous ces mots incompréhensibles qui empêchent de savourer le récit à sa juste valeur.

Par exemple, lorsque je lis (p. 88) : “It was a singular sight which met our eyes. On the table stood a dark lantern with the shutter half open, throwing a brilliant beam of light upon the iron safe, the door of which was ajar”, je me dis :
a) mais qui diable a appris le mot “ajar” durant ses 8 ans d’anglais scolaire ? Pas moi, en tout cas !
b) Bon, on a devant les yeux une scène particulière, avec une lanterne, une lumière brillante, un truc en fer et une porte “ajar” (pfff, ça m’énerve, ce mot, je me demande ce qu’il peut bien vouloir dire !)
c) Tiens, si je lisais la VF pour m’assurer que je ne loupe rien d’important ? Donc “Un spectacle étonnant s’offrit à notre vue. Sur la table était posée une lanterne sourde qui, par son volet entrouvert, projetait un rayon brillant sur le coffre métallique dont la porte était entrebâillée” 
d) Entrebâillée ! Entrebâillée ! Pff, vraiment, je n’aurai jamais l’occasion de le recaser, celui-là… Allez, j’oublie ajar. Vraiment, quelle perte de temps !

Au final, j’ai mis pas mal de temps pour lire ces deux minuscules histoires, parce que non seulement lire en anglais demande plus de concentration et la lecture est plus lente, mais en plus, je ne peux m’empêcher de lire les notes de bas de page (même si je connais les mots… Juste pour vérifier !), et de lire pas mal de passages en français (parce que ma compréhension des passages anglais ne me satisfait pas). Ce fut donc un peu laborieux, but I did it, yeah ! 

Ed. Langues pour tous, août 2006, 155 p.

Le naufrage de la Vesle Mari

14 juillet 2010

naufrage vesle mari Un moyen de se rafraîchir lors de chaleurs caniculaires est de lire des récits qui se déroulent au Groenland.

Pour ceux qui les connaissent déjà pour avoir lu d’autres racontars*, vous retrouverez dans Le naufrage de la Vesle Mari Bjorken, Lasselille, Museau, Doc et Mortensen, le capitaine Olsen, le Lieutenant Hansen et Valfred… Pour les autres, vous découvrirez des personnages hauts en couleur, bruts de décoffrage, buveurs et bagarreurs, parfois un peu sauvages, d’autres fois attendrissants, si l’on fouille un peu derrière les poils drus et gelés de leur barbe !

J’avoue que j’avais moyennement accroché aux premiers racontars que j’avais découverts à travers La vierge froide, il y a quatre ans. Depuis, j’ai soit pris goût au froid, soit à l’univers particulier de Jorn Riel, danois tombé amoureux fou du Groenland, qui y a vécu plus d’une vingtaine d’années (essaimant un nombre incalculable, y compris par lui-même, de petits-enfants).

Ces récits entremêlés, qui croisent les personnages au gré des vagues et des vents, des naufrages et des mariages, m’ont davantage plu, il faut dire que je savais à peu près à quoi m’attendre, cette fois ! Alors, prêts à vous rafraîchir les idées, vous aussi ?

* les racontars sont pour Jorn Riel de courtes histoires, autrement dit des nouvelles nordiques !

Ed. Gaïa (que je remercie de m’avoir permis de rencontrer l’auteur en juin dernier), oct. 2009, 251 p.

Une parfaite journée parfaite, Martin Page

11 juillet 2010

Parfaite journée parfaite Envie d’un petit livre drôle et décalé pour l’été ? Je vous suggère de passer Une parfaite journée parfaite (titre inspiré de la chanson de Lou Reed, A perfect day) avec le narrateur dépressif de Martin Page. Sourires garantis !

Cet homme, dont on ne sait pas grand-chose à part qu’il a la cinquantaine et vit seul, nous décrit sa vie – d’une triste banalité – avec un humour noir décapant que j’adore. Attention, il ne se met aucune barrière et ce genre d’humour peut sans doute heurter la sensibilité de certains. Ainsi, lorsqu’il se rend chez son médecin :

“- Vous voyez là ? dit-il en pointant une énorme forme dans mon corps.
- C’est un cancer ?
Ca m’aurait embêté d’avoir un cancer : un collègue venait de nous annoncer qu’il souffrait d’un cancer des poumons. Il y a une telle compétition que tout le monde aurait pensé que je le copiais. Cela aurait été très gênant, comme de s’apercevoir au bal costumé de fin d’année que quelqu’un d’autre a aussi eu l’idée de se déguiser en Batman.”
(extrait p. 26)

Et encore, un passage qui fait mon bonheur :

“J’ai décidé d’arrêter de fumer. Cela est d’autant plus facile que je n’ai jamais commencé. Mais il est bien vu d’arrêter de fumer, car c’est le signe d’une grande volonté, d’une attention à sa santé et une preuve de respect à l’égard de son entourage, j’ai déclaré que j’arrêtais de fumer. La direction a félicité mon courage.
IL vaut mieux être un fumeur repenti ou repentant qu’un non-fumeur. Un non-fumeur, personne ne remarque son exploit de n’avoir jamais commencé, et il n’arrête pas de se plaindre de la fumée, il éternue, enfin, c’est un vrai rabat-joie. Le fumeur qui veut arrêter est un héros.”
(extrait p. 65)

Comme l’auteur s’est fendu d’une postface, je serais bien bête de ne pas citer son auto-analyse : “Une parfaite journée parfaite est un roman sur le désespoir mais aussi sur les mécanismes compensatoires à mettre en œuvre pour ne pas sombrer : la création, l’humour et la musique.”

L’avis de : Cathulu (qui, je m’en suis rendue compte après-coup, a aussi repris l’explication de texte de l’auteur… les grands esprits paresseux se rencontrent ! Light bulb).

Du même auteur, j’avais déjà grandement apprécié son premier roman : Comment je suis devenu stupide.

Edit du 19.07.10 : ce billet a été sélectionné par les éditions Points (que je remercie au passage !) et vous pouvez le retrouver ici sur leur nouveau site Le Cercle Points.

Ed. Le Manuscrit, 2002 et Points 2010, 107 p.

L’Apocalypse selon Fred, Philippe Setbon

29 juin 2010

Apocalyse selon Fred Fred est écrivain. Il a eu un certain succès à une époque, mais il est en panne d’inspiration depuis quelques années déjà. Les fins de mois sont difficiles, sa femme Nora l’a quitté pour un autre homme, bref, l’avenir est aussi noir que l’encre qu’il ne parvient pas à faire couler.

Un soir de déprime, aidé par une certaine confusion de son cerveau alcoolisé, Fred tape sur internet le nom de son vieux copain de lycée, Ange Zucchini, qu’il n’a pas revu depuis plus de trente ans, et qui a monté sa petite boîte de systèmes de sécurité et d’alarmes. Ledit Zucchini se souvient parfaitement de Fred. Leur rencontre va entraîner l’auteur bien plus loin que tout ce que son cerveau aurait pu imaginer… Quoique…

Ce roman foisonnant est plutôt difficile à résumer. Je me suis contentée d’en raconter le début, mais il s’agit en réalité d’un “roman matriochkas” : des récits successifs s’emboîtent pour former un tout hétéroclite, intrigant, passionnant, au suspense à la fois littéraire et policier. 

Fred est un personnage complexe, torturé par sa peur de la fin du monde, qu’il sait être proche, et par son envie de (re)devenir un écrivain célèbre (et pourquoi pas riche, tant qu’à faire). C’est un gars paumé qui vit dans son monde mais qui a besoin des autres pour exister. C’est aussi un suiveur – souvent lâche – qui retrouve cependant son courage et un certain esprit d’initiative lorsque la situation l’exige.

Le style de Philippe Setbon m’a plu dès les premières pages  : énergique, presque nerveux – le sieur écrit aussi des scénarios – et précis, imagé – il est aussi réalisateur ! Son récit original m’a immédiatement happée dans un tourbillon de plus de cinq cents pages qui fourmillent de personnages récurrents mais différents qui apparaissent et disparaissent au gré de l’imagination de l’auteur… Bien sûr, chat échaudé craint l’eau froide, et l’on se méfie après s’être fait avoir une fois. Pourtant, l’envie de se laisser aller l’emporte et, si l’on ne s’en étonne plus, on attend tout de même les rebondissements avec impatience et curiosité !

Pour l’anecdote, j’ai rencontré Philippe Setbon lors d’un apéro littéraire, et il est ma foi fort sympathique (nous avons eu une période commune “Stephen King” !). Je regrette de n’avoir pas eu le temps de lire son livre avant de le rencontrer, je lui aurais dit tout le bien que j’en pense. Cela fait un moment que je ne m’étais pas autant amusée lors d’une lecture… Alors, n’hésitez plus et laissez-vous entraîner dans des aventures de cape (gare aux vampires et aux anges de la mort !) et de plume (un écrivain peut en cacher un autre !)…

NB : la couverture est une parfaite illustration du contenu du roman !

L’avis de : Brize

Ed. Buchet Chastel, mai 2010, 554 p.

 

Jusque dans nos bras, Alice Zeniter

20 juin 2010

jusque dans nos bras Alice est une fille pleine d’énergie. Ado, déjà, avec ses copains du lycée, elle a vécu mille aventures… Militante dans l’âme, elle s’est vouée à plusieurs causes, dont la première concerne la défense ses origines : son père est algérien, sa mère française, mais la blanche Alice a entreprit de construire son “algérisation”. Elle est africaine : la preuve, elle a une tâche de naissance en forme d’Afrique sur le ventre ! Avec ses deux meilleurs amis, Mad, le Malien sans papiers, et l’Arabesque (une grande blonde), ils vont de manif en manif pour protester contre le racisme, entre deux soirées passées à fumer et boire, à refaire le monde…

Alice raconte à travers son histoire les vingt ans de sa génération. Les années Mitterrand, puis l’abomination du 21 avril 2002, quand il a fallu choisir entre la droite et l’extrême droite, et enfin les problèmes de papiers de son ami malien qui ont commencé à prendre de l’ampleur.

Aujourd’hui, Alice va prendre une décision qui va bouleverser sa vie. Pour permettre à Mad de rester en France, elle a décidé d’accepter de l’épouser, en sœur. Un mariage blanc qu’ils vont devoir préparer. Mentir pour sauver son ami, se priver de la possibilité d’épouser un homme qu’elle aimerait pendant plusieurs années, voilà un engagement auquel la jeune fille a sérieusement réfléchi. Et pourtant, avant d’entrer à la mairie, elle doute encore…

Ce livre est un véritable boulet de canon, empli d’énergie, de conviction, , d’humour, d’émotion… Il m’a donné l’impression de revivre une partie de ma jeunesse au travers de l’actualité qu’il retrace. C’est une peinture drôlement vivante de la vie d’Alice, de sa famille et une superbe histoire d’amitié. Il y a un vrai style d’auteur, on sent un fort potentiel à faire de grandes choses. J’ai beaucoup aimé !

J’avais eu l’occasion d’entendre parler Alice Zeniter le mois dernier, lors d’une rencontre avec l’auteur indien Anita Nair, et je peux vous dire qu’elle m’a parue vraiment sympathique. Elle est normalienne et n’a que vingt-trois ans, et un bel avenir littéraire devant elle, je l’espère !

NB : ce roman a reçu il y a quelques jours le premier Prix littéraire de la Porte Dorée qui récompense un roman ou un récit écrit en français traitant du thème de l’exil.

Ed. Albin Michel, mars 2010, 237 p.

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